De source informée, on estimait également qu'un accord de principe pouvait donc être trouvé aujourd'hui. Mais ces informations qualifiées par des sources de la majorité de « fausses rumeurs » ont rapidement été démenties. Contacté par L'Orient-Le Jour, Hani Hammoud a indiqué que Saad Hariri était « sur un bateau, avec sa famille, sur la côte d'Azur, et qu'il refuse de voir même ses plus proches collaborateurs. C'est son droit humain le plus élémentaire ». Marwan Hamadé, dont plusieurs sources de la majorité ont indiqué qu'il se trouvait actuellement en France, a de son côté commencé par « ne pas commenter » ces informations, pour ensuite démentir catégoriquement une telle rencontre. Toutefois, il a indiqué que « ce n'est pas pour rien que l'ancien ambassadeur saoudien Abdelaziz Khoja est venu à Beyrouth. Il va essayer de tirer les choses au clair ». Une source de la majorité a d'ailleurs affirmé à L'Orient-Le Jour que « maintenant, M. Joumblatt indique qu'il fait partie de la majorité, et que ses trois représentants au sein du gouvernement font partie des 15 ministres du 14 Mars. Nous voulons le croire, mais le problème, c'est qu'il faut qu'il puisse convaincre les 12 autres ministres qui devront composer avec eux ».
Parallèlement, les dernières informations en provenance de Moukhtara faisaient état hier soir d'une volonté de ne pas « entraver la formation du nouveau gouvernement », même si à la question de savoir quand ce nouveau gouvernement pourrait voir le jour, la source proche de M. Joumblatt indiquait qu'il y a « encore du temps » pour cela. La source poursuit en étayant les récentes positions de M. Joumblatt : « Il en veut au 14 Mars car il considère que l'alliance n'a jamais pris position contre les survols israéliens du territoire libanais de peur de froisser les États-Unis. M. Hariri considère qu'il a été affaibli, poignardé dans le dos. Mais M. Joumblatt se doit d'être conséquent avec son histoire. Ses propos étaient d'ailleurs très spécifiques et s'adressaient en premier lieu et avant toute chose à son parti, le PSP. Il est conscient que sa prise de position peut paraître incompréhensible pour certains, mais il estime que cela est nécessaire aujourd'hui. » Le chef du PSP n'est toutefois pas « numériquement » sorti de la majorité, puisqu'il insiste à dire qu'il fait encore toujours partie des « 15 ministres de la majorité ». La formule 15-10-5 tient donc la route et ne sera, du moins pour le moment, pas transformée en 12-10-8, puisque les trois portefeuilles dont bénéficie M. Joumblatt seront toujours comptabilisés dans la part de la majorité.
Le choc de ces trois derniers jours, indiscutablement causé par les déclarations de Walid Joumblatt, semble céder la place à une harmonisation des positions et à une gestion organisée des divergences. En clair, « la redynamisation » de la majorité orchestrée par M. Joumblatt, pour reprendre les termes d'une source proche de Moukhtara, n'aura pas pour effet de saper la mise en place du nouveau gouvernement, ni de briser la majorité parlementaire sortie victorieuse des urnes, mais simplement de repositionner le chef du PSP.
Le vrai blocage, la vraie inconnue au tableau, serait en fait les revendications du Bloc du changement et de la réforme. Une source proche du député Boutros Harb soulignait à cet égard hier que le coup d'éclat de M. Joumblatt n'est pas, en lui-même, de nature à mettre en péril la formation du gouvernement car ce dernier, de toute évidence, « ne veut pas aller vers le 8 Mars ». Le vrai problème, poursuit cette source, reste les demandes de Michel Aoun qui continue d'exiger la nomination de Gebran Bassil. « Le gouvernement sera formé la semaine prochaine ou bien il n'en sera rien. Si rien n'est fait la semaine prochaine, nous serons devant une crise ministérielle très grave. »
Même son de cloche du côté de Baabda, où des sources affirmaient hier que « samedi devrait être un jour de déblocage » gouvernemental. L'optimisme prévalait hier aussi chez le Hezbollah, puisque le vice-secrétaire général du parti Naïm Kassem affirmait que « le gouvernement d'union nationale a fait ses premiers pas en vue de sa formation. Nous avons trouvé un accord en tant qu'opposition avec le Premier ministre désigné (...) Nous avons mis au point une formule originale qui permet de protéger la minorité lorsqu'il faudra prendre une décision qui nécessite les deux tiers ». Cette formule - magique s'il en est - consisterait à ne pas voter ces décisions, mais à se concerter pour trouver un compromis de nature à satisfaire tout le monde. Une minitable de dialogue en quelque sorte, qui devra être dressée - au grand dam de la rapidité et de l'efficacité du travail gouvernemental - à chaque fois qu'une décision quelque peu importante devra être prise.


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026