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Culture - Rencontre

Déroutante Marya Kazoun

La jeune Marya Kazoun (d)étonne par son extraordinaire maturité d'artiste. Ses installations à l'esthétique vibrante, créatures hybrides mi-humaines mi-extraterrestres, sont actuellement exposées à la Biennale de Venise.

Ses installations forment un spectacle étonnant qui en met plein la vue. Il y a quelques années, Marya Kazoun avait lancé un ouvrage au Virgin Megastore où, pour la même occasion, était exposée une de ses premières créations. L'on devrait peut-être dire créature. Noire, tentaculaire, la sculpture en satin noir rembourré se déployait comme des boyaux géants, faisant 5,5 m de long et 3,5 m de large, sertis d'une touffe de cheveux hirsutes. À la fois dense et souple, le matériau, une agrégation délibérée de matériaux organiques, a été tramé et capitonné par l'artiste pour devenir étoffe épaisse, à la fois sensuelle et rêche, qui sied aux mises en forme de Marya Kazoun. Une matière qui intègre un rapport plus que visuel, celui qui nargue une sensibilité qui serait de l'ordre du toucher, du palper pour ainsi convoiter une plus grande intimité avec le spectateur. La chose, exposée à Beyrouth en 2005, colle à la lignée du travail « kazounien ». Un travail dont la démarche, plutôt tortueuse et torturée, était expliquée dans l'ouvrage intitulé Personal Living Space, disponible en français, anglais ou italien. Et l'artiste libanaise, vivant la moitié de l'année à New York, l'autre moitié en Italie, participait pour la première fois à la Biennale de Venise 2005.
En 2009, Marya Kazoun est la seule artiste libanaise qui signe une œuvre à la manifestation vénitienne. Cette fois-ci, c'est une merveille visuelle, comme elle sait si bien en fignoler d'ailleurs, intitulée Habitat. Elle est formée de bulles de verre transparentes, de plumes blanches et de bouts de chiffons immaculés. L'artiste, dont le travail est généralement composé d'objets de récupération, a utilisé cette fois-ci des éléments quelque peu « industrialisés », à savoir : les bulles de verre.
Une composition déroutante, et c'est le moins que l'on puisse dire. D'autant que Kazoun a décidé dernièrement de ne plus accompagner son travail de quelconque corpus explicatif ou narratif. « Pour ne pas influencer le regard du spectateur », dit-elle. Elle voudrait en effet que l'œil du visiteur se gargarise de ses explosions purement esthétiques.
Il n'en reste pas moins que l'artiste libano-canadienne circonscrit un territoire où la question du rapport au corps et à l'intime est particulièrement présente. Surtout dans ce liquide blanchâtre qui flotte dans les bulles, mais dont la présence n'est nullement fortuite ou même innocente. Il s'agit en effet de lait maternel, celui même de l'artiste, mélangé à de l'eau minérale. C'est dire si Kazoun ne s'investit pas personnellement dans son travail !
Les formes imaginées par la jeune sculptrice naissent de la contrainte d'une matière. Il en est aussi qui surgissent au détour d'une nécessité à mettre en œuvre sa relation au monde et explorer un univers familier, celui de la confection, en un corpus formel largement emprunté à l'antre féminin.
Naissent alors des sculptures-installations, parfois mobiles, parfois statiques, et qui semblent défier le regard en cultivant une certaine ambiguïté dans les contours organiques qu'elles dessinent : des formes ovoïdes fréquemment percées de proéminences et d'excroissances noueuses. Une œuvre empreinte d'un humour piquant et d'une sensibilité distanciée quand l'artiste distribue le lait maternel aux passants, histoire de diffuser une immunité tant convoitée de nos jours.
Après Venise, Beyrouth ? Marya Kazoun fronce les sourcils. Et avec son bagout et sa franchise, elle ajoute : « Personnellement, je suis prête à y travailler. Encore faut-il trouver le lieu et les personnes intéressées. »
Ses installations forment un spectacle étonnant qui en met plein la vue. Il y a quelques années, Marya Kazoun avait lancé un ouvrage au Virgin Megastore où, pour la même occasion, était exposée une de ses premières créations. L'on devrait peut-être dire créature. Noire, tentaculaire, la sculpture en satin noir rembourré se déployait comme des boyaux géants, faisant 5,5 m de long et 3,5 m de large, sertis d'une touffe de cheveux hirsutes. À la fois dense et souple, le matériau, une agrégation délibérée de matériaux organiques, a été tramé et capitonné par l'artiste pour devenir étoffe épaisse, à la fois sensuelle et rêche, qui sied aux mises...
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