« D'une part, j'avais envie d'organiser une exposition d'été, quelque chose de plus léger. D'autre part, ces artistes venant de spécialités et d'horizons différents, j'étais curieuse de voir les possibilités qu'ils allaient tirer de ce contact avec la feuille de papier dans son aspect le plus basique », explique la jeune femme. Laquelle a retenu de ce travail trois œuvres par artiste pour l'accrochage, qui se tient jusqu'au 15 août dans sa galerie.*
Le résultat de cette expérience est intéressant, dans le sens où il permet de dégager et de comparer les styles, les techniques, mais aussi les lignes de force qui dominent le travail artistique de chacun de ces artistes.
Jean-Marc Nahas, qui a travaillé, sur place et à l'encre, a tracé, comme à son accoutumée, une suite de cases où il a inséré des personnages, des visages, des parties de corps humains, mais aussi des roquettes ou encore cette fameuse hyène qui se love dans quasi toutes ses œuvres. On retrouve dans cette série, baptisée Leyla et qui semble être un prélude à un nouveau projet, l'univers douloureux, obsessionnel et marqué par la guerre de Jean-Marc Nahas, mais adouci, cependant, par une plus forte présence féminine. ..
Fidèle à ses personnages, entre humanoïdes et bestiaire, Charles Khoury montre, une fois de plus, sa dextérité dans ces acryliques sur papier où, reprenant des éléments graphiques d'œuvres précédentes, il en donne, sur des fonds nouveaux à effet grenelé, une interprétation singulièrement « rupestre » sur un médium à la base si lisse ...
Dessins autobiographiques
Peintre irakien, installé à Beyrouth depuis les années soixante, Omran Kayssi, qui a été notamment le professeur de Madi, de Rawas et de Charles Khoury, profite de ses retrouvailles avec le papier pour y déverser, à travers une série d'éléments symboliques tel le palmier, la calligraphie mésopotamienne, la biche, le tigre, l'oiseau de proie, sa nostalgie de sa terre natale, qui semble se dissoudre sous ses yeux, mais aussi ses angoisses profondes. En particulier dans un dessin, intitulé The Invisible City, mixant paysage et visage... à trois yeux, qui exprime la vision altérée de l'artiste, opéré, depuis, d'une cataracte.
Dans ce même registre « autobiographique », Léna Merhej, illustratrice et animatrice - dont c'est la première participation à une exposition - en a profité pour « se présenter » au moyen de ses trois dessins en techniques mixtes.
Le premier présente son univers d'illustratrice. Le deuxième, dans lequel elle a ajouté des fils, des disques métalliques, dépeint les « rouages» de son travail d'animation. Et le troisième, sans doute le plus éloquemment intime, représente - sur un fond bleu divisé en cases où sont enfermées de minuscules silhouettes - un poisson rouge qui veut désespérément sortir de son bassin...
Graphiste au talent certain, Alfred Tarazi a saisi l'occasion pour présenter à travers ces trois planches les sketches (à l'exécution parfaite) d'un projet sur lequel il travaille avec un collectif d'artistes, qui consiste en une installation, place des Martyrs, en hommage à tous les martyrs de la guerre libanaise depuis 1975...
Enfin, Siska (de son vrai nom Alexandre Habib), jeune vidéaste qui partage son temps entre Beyrouth et Berlin, a pris le terme basique au pied de la lettre. Et il a tout simplement tamponné ses papiers blancs de l'énigmatique phrase suivante « I Told You It's Gonna Be Big», transcrite en lettres arabes et à l'encre noire. Contrairement à ce qu'il semble affirmer, le résultat est loin d'être « big» et laisse le visiteur dubitatif...
*The Running Horse, La Quarantaine. Jusqu'au 15 août, tous les jours sauf dimanche et lundi. Horaires d'ouverture : de 11h à 19h, et samedi de 14h à 19h.


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