Au bas de la Casbah, quartier historique de la capitale algérienne classé en 1992 au patrimoine mondial de l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), des palissades interdisent l'accès d'un chantier ouvert au printemps 2008 sur la place des Martyrs, après que des archéologues algériens eurent prouvé l'existence de vestiges grâce à des sondages préliminaires. Depuis, les travaux de la station de métro qui devait y être construite ont été reportés et des fouilles entreprises en accord avec les ministères des Transports et de la Culture, tout près de la grande mosquée datant du XIIe siècle. En quelques semaines, une « fenêtre » de plusieurs dizaines de mètres carrés a été ouverte sur quelques mètres de profondeur à la pelleteuse, mais sous l'œil vigilant d'archéologues algériens et français, et a confirmé les premiers sondages effectués en 2008 par la Direction de la culture d'Alger.
Sur 4,50 mètres, des experts aidés d'équipes d'ouvriers algériens spécialisés ont tout d'abord découvert des vestiges du début de la colonisation française, dès 1830, avant de mettre au jour des vestiges ottomans: « Ici, il s'agit de l'atelier d'un ferronnier avec sa forge encore visible », dit Kamel Stiti, codirecteur des fouilles et membre du Centre national algérien de la recherche archéologique. « Ce site témoigne de la présence de tout un quartier d'artisans », dit-il. Ce quartier ottoman a été construit sur les ruines d'une cité médiévale, dont des traces ont été retrouvées ainsi que plusieurs sépultures aux squelettes complets.
Puis apparaissaient les vestiges d'une église paléo-chrétienne, datant du IVe ou Ve siècle après Jésus-Christ, explique François Souq, directeur interrégional pour la Méditerranée à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) basé à Nîmes, dans le sud de la France. Les bases des colonnes sont encore visibles, délimitant une nef d'environ 20 m de large, tout comme des mosaïques pavant le sol.
Les archéologues ne désespèrent pas de mettre au jour, en creusant encore sur quelques mètres, des vestiges datant de l'époque punique, quand les Phéniciens construisirent des comptoirs au long des 1 200 km de la côte algérienne dont celui d'Ikosim, cité ancêtre d'Alger. Ikosim pourrait avoir été fondée au IIIe siècle avant notre ère, estiment les archéologues qui en ont cependant une « connaissance extrêmement limitée », selon l'Inrap. Il y a plusieurs années, un dépôt monétaire a été découvert lors de l'ouverture d'une rue près de la Casbah, contenant des pièces de monnaie portant l'inscription punique Ikosim et l'effigie d'un homme, qui pourrait être Melkart, un dieu phénicien, souligne l'Inrap.
Conscientes de la valeur de ce patrimoine aujourd'hui mis au jour, les autorités algériennes ont désiré le préserver pour tenter de l'intégrer dans le site de la future station de métro, indispensable pour le développement de la capitale. Elles ont fait appel à l'Inrap dans le cadre d'un partenariat international pour cette opération d'archéologie préventive qui constitue une expérience unique en milieu urbain au Maghreb, affirment les archéologues algériens et français. Cette équipe a été chargée de dresser un diagnostic exact de l'état et de l'intérêt des vestiges enfouis, preuves de plus des 2 000 ans de l'histoire d'Alger.


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