Plus de 3 000 manifestants se sont rassemblés au Grand Mossala, lieu de prière à ciel ouvert du centre de Téhéran où les autorités avaient interdit une cérémonie de deuil en hommage aux victimes de la manifestation particulièrement violente du 20 juin. « Les manifestants levaient les bras en l'air, faisant le signe de la victoire, tandis que la police tentait de les disperser », a déclaré un témoin. « Certains manifestants ont incendié des poubelles tandis que des policiers antiémeute à moto traversaient la foule pour essayer de disperser » les protestataires, a relaté un témoin. « La police a brisé les vitres de plusieurs voitures. Les forces de l'ordre ont également violemment chargé des milliers de protestataires défilant non loin de là, sur l'avenue Vali Asr, une grande artère du centre de la capitale, faisant usage de gaz lacrymogène », ont affirmé des témoins. « Mort au dictateur », « Libérez les prisonniers politiques » et « Ya Hossein! Mir Hossein! » scandaient-ils en référence au chef de l'opposition, Mir Hossein Moussavi, arrivé deuxième de la présidentielle du 12 juin.
La presse étrangère n'a pas le droit de couvrir les manifestations de l'opposition, qui affirme que M. Ahmadinejad doit sa réélection à des fraudes massives.
Auparavant, plus de 2 000 personnes s'étaient massées au cimetière de Beheshte Zahra, dans le sud de la capitale, où sont enterrés la plupart des manifestants tués lors des troubles, une trentaine selon les chiffres officiels. MM. Moussavi et Mehdi Karoubi, un autre chef de l'opposition, avaient prévu de s'y rendre faute d'avoir eu le droit d'organiser une cérémonie au Grand Mossala. « Nous avons demandé la permission pour une cérémonie silencieuse au Grand Mossala (lieu de prière à Téhéran), mais le ministère de l'Intérieur l'a refusée. Nous avons alors pensé que le meilleur endroit pour faire cela et lire le Coran est Beheshte Zahra, sur la tombe des martyrs. Je ne comprends pas ce déploiement policier », a lancé M. Karoubi.
Si M. Karoubi a pu se recueillir sur les tombes, M. Moussavi a, lui, été contraint de rebrousser chemin par les centaines de policiers antiémeute déployés qui ont empêché certains de leurs partisans de s'approcher des sépultures. M. Moussavi n'a « pas été autorisé à réciter les versets du Coran habituellement dits en de telles occasions et il a été immédiatement encerclé par la police antiémeute qui l'a reconduit vers sa voiture », a expliqué un témoin. « Gouvernement du coup d'État, démission ! » scandaient des manifestants qui ont lancé des pierres contre les policiers.
Des fleurs et des bougies ont quand même pu être déposées sur la tombe de Neda Agha-Soltan, une jeune femme tuée par balle le 20 juin devenue le symbole de la contestation de la réélection de M. Ahmadinejad, qui doit prêter serment devant le Parlement le 5 août.
Arrestations
Plusieurs personnes ont été arrêtées, ont raconté des témoins, dont le réalisateur Jaafar Panahi, sa femme et sa fille. Représentant de la nouvelle vague du cinéma iranien, M. Panahi a plusieurs fois été primé à l'étranger pour ses films, dont la plupart ont été interdits en Iran. Par ailleurs, le dirigeant réformateur iranien Saïd Hajarian, arrêté à la mi-juin et qui bénéficiait d'un ordre de libération, a été assigné à résidence dans un complexe gouvernemental, a annoncé hier un député. La libération prochaine de M. Hajarian, un ancien conseiller de l'ex-président réformateur Mohammad Khatami, avait été annoncée mercredi à l'AFP par le pouvoir judiciaire.
Dans la matinée, le porte-parole de la commission parlementaire des Prisonniers, Kazem Jalali, avait annoncé qu'il restait 250 personnes en prison dont 50 personnalités politiques.
Parallèlement, l'ancien président réformateur iranien Mohammad Khatami a dénoncé les « crimes » commis contre les personnes arrêtées lors des manifestations, a rapporté hier le site Internet de sa fondation Baran. « Il ne suffit pas de fermer un centre de détention en le déclarant non conforme aux normes. Qu'est-ce que veut dire "non conforme aux normes" ? Est-ce que cela veut dire que le système d'aération ou les toilettes ne fonctionnent pas ? Non. Des crimes ont été commis, des vies ont été prises », a déclaré M. Khatami. Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avait ordonné la fermeture du centre de détention de Kahrizak (sud de Téhéran) où étaient emprisonnés de nombreux manifestants en le déclarant « non conforme aux normes », ont rapporté lundi les médias iraniens.

