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Moyen Orient et Monde - Amérique Latine

Accord militaire américano-colombien : jeu d’équilibriste pour Washington

Annoncé par Bogota, l'accord qui permettrait aux États-Unis de faire usage d'au moins trois bases colombiennes a réveillé de vieilles blessures sur ce continent marqué par une longue histoire d'invasions américaines.

L'accord militaire qui permettra aux États-Unis d'utiliser trois bases colombiennes pour leurs opérations antidrogue en Amérique du Sud a déclenché une crise diplomatique régionale et mis en lumière les difficultés de Washington pour faire évoluer sa diplomatie. Jeudi, le président vénézuélien Hugo Chavez a été jusqu'à assurer qu'avec cet accord, l'armée américaine cherchait à envahir son pays. Quelques heures plus tard à Quito, le ministre de l'Intérieur équatorien Miguel Carvajal affirmait qu'on ne pouvait écarter une « escalade d'ordre militaire » entre la Colombie et l'Équateur.
Annoncé le 15 juillet par Bogota, l'accord qui permettrait à Washington de faire usage d'au moins trois bases colombiennes aériennes et navales, destiné à compenser la fermeture de leur base de Manta, en Équateur, a réveillé de vieilles blessures sur ce continent marqué par une longue histoire d'invasions américaines, à commencer par celle de la Baie des Cochons, en 1961.
Après la fermeture de Manta, base stratégique pour arraisonner dans le Pacifique les embarcations transportant des centaines de tonnes de cocaïne colombienne vers les États-Unis, maintenir des moyens de lutte antidrogue pouvait paraître essentiel. Le maintien « d'une présence militaire (américaine) réelle en Amérique latine » était tout aussi stratégique, souligne un rapport de l'Institut d'études géostratégiques de la Nouvelle Grenade, à Bogota. « La Colombie a été projetée au rang de nouveau pivot stratégique de la géopolitique hémisphérique des États-Unis de Barack Obama », affirme à l'AFP son directeur Juan Carlos Eastman. C'est ainsi que la nouvelle administration s'est trouvée face à un dilemme complexe. D'une part, l'accord était cohérent « avec le principe de coresponsabilité en matière de production et de consommation de psychotropes », explique le général colombien à la retraite Henry Medina. En outre, ajoute Adolfo Taylhardat, spécialiste vénézuélien des relations internationales, Hugo Chavez pouvait difficilement en prendre ombrage, « alors que lui-même a offert à la Russie de permettre à ses navires de guerre, et même ses aéronefs, de manœuvrer au Venezuela ».
Mais, par ailleurs, l'installation des bases alimente à nouveau « les relations antagoniques du Nord (les États-Unis) avec les gouvernements de gauche, qu'Obama cherchait à surmonter », note Carlos Espinosa, spécialiste des relations internationales à l'université de San Francisco, à Quito. « Je ne suis pas sûr que la décision ait été prise au plus haut niveau », estime Peter Hakim, président de l'institut d'études Dialogue interaméricain, à Washington. Selon lui, l'accord concentre l'essentiel de la présence militaire américaine dans un seul pays, la Colombie, isolé régionalement, et la question de sa véritable utilité se pose. « S'il s'agit d'obtenir du renseignement (militaire), il y a d'autres moyens », argue-t-il.
Quant à la réaction hostile de Quito et Caracas, Peter Hakim estime que, dans le cas de l'Équateur, elle peut paraître justifiée, au regard de l'attaque menée en mars 2008 par l'armée colombienne contre un campement de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) sur son territoire. Hugo Chavez répond, lui, à une logique de politique intérieure, consistant à « créer un sentiment de peur » dans la population de son pays, ajoute-t-il. « Mais ce climat de cirque n'est pas bon pour l'Amérique latine (...). Il ne faut pas oublier que, parfois, les situations échappent à tout contrôle », ajoute-t-il, citant l'exemple du coup d'État au Honduras.
Annoncé par Bogota, l'accord qui permettrait aux États-Unis de faire usage d'au moins trois bases colombiennes a réveillé de vieilles blessures sur ce continent marqué par une longue histoire d'invasions américaines. L'accord militaire qui permettra aux États-Unis d'utiliser trois bases colombiennes pour leurs opérations antidrogue en Amérique du Sud a déclenché une crise diplomatique régionale et mis en lumière les difficultés de Washington pour faire évoluer sa diplomatie. Jeudi, le président vénézuélien Hugo Chavez a été jusqu'à assurer qu'avec cet accord, l'armée américaine cherchait à envahir son pays. Quelques heures plus tard à Quito, le ministre de...
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