« Mohammad Jaafar Mohammadzadeh, adjoint chargé de l'information au bureau du président, a confirmé le limogeage de Gholamhossein Mohseni Ejeie, démentant les informations concernant le limogeage des autres ministres », a rapporté l'agence officielle IRNA. Le site Internet de la télévision d'État ainsi que les agences semi-officielles MEHR et FARS avaient annoncé que quatre ministres au total - M. Mohseni Ejeie, le ministre de la Culture, Mohammad Hossein Safar Harandi, ainsi que ceux du Travail et de la Santé - avaient été renvoyés.
Selon MEHR, citant une « source bien informée », M. Mohseni Ejeie « a été démis de ses fonctions à la suite d'un affrontement verbal lors d'une réunion du cabinet mercredi à propos de la nomination d'Esfandiar Rahim Mashaie en tant que premier vice-président ». L'agence a précisé qu'un ministre par intérim avait été nommé. MEHR a également annoncé le limogeage de M. Safar Harandi et la nomination d'un successeur par intérim, Mohammad Ali Khajehpiri, qui a confirmé la décision. Mais cette information n'a pas été confirmée par la présidence. M. Safar Harandi avait également critiqué la nomination de M. Rahim Mashaie, un proche du président.
Sa nomination, annoncée le 17 juillet, a provoqué un tollé au sein des conservateurs et des religieux. Ils ne lui pardonnaient pas une entorse à la rhétorique classique du régime, quand il avait affirmé en juillet 2008 que l'Iran était « l'ami du peuple américain et du peuple israélien ». M. Rahim Mashaie a finalement renoncé à son poste samedi.
Mais le président ultraconservateur restait hier sous le feu des critiques pour avoir tardé à obéir au guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait ordonné d' « annuler » sa nomination. « Après la lettre du guide suprême (qui demandait le départ d'Esfandiar Rahim Mashaie) datée du 18 juillet, il était du devoir du président Ahmadinejad de l'appliquer » aussitôt, a déclaré le député conservateur Ahmad Tavakoli, selon le quotidien Jam-e Jam qui appartient à la télévision d'État. « Malheureusement, il ne l'a pas fait pendant sept jours et c'est M. Mashaie qui a annoncé sa démission et non le président. Le président aurait dû le démettre et non laisser Mashaie démissionner », a-t-il ajouté. Le quotidien ultraconservateur Kayhan a estimé pour sa part que le délai que s'est laissé M. Ahmadinejad pour appliquer l'ordre du guide suprême était une « erreur ». M. Ahmadinejad doit « se contrôler », a déclaré de son côté le député conservateur Ali Motahari. « On dirait qu'il veut mettre volontairement de la tension, a-t-il regretté. Si c'est à cause de cela (les critiques à l'encontre de M. Rahim Mashaie) que les ministres ont été limogés, cela devient une affaire personnelle qui n'a rien à voir avec l'intérêt du pays. »
Ce limogeage intervient alors que M. Ahmadinejad doit prêter serment devant le Parlement le 5 août, selon le député Hamid Reza Haji Babaie, membre de la présidence du Parlement. La présentation du gouvernement et son approbation par les députés doivent intervenir peu après.
Cette crise au sein du pouvoir a relégué au second plan le mouvement de protestation contre la réélection de M. Ahmadinejad le 12 juin. Hier, les dirigeants de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ont tenté de reprendre la main en demandant l'autorisation d'organiser jeudi à Téhéran une cérémonie en hommage aux personnes tuées au cours des manifestations. « Il n'y aura pas de discours lors de cette cérémonie et les participants écouteront seulement des versets du Coran en silence », ont-ils souligné dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur.
Selon un bilan officiel, au moins 20 personnes ont été tuées en marge de manifestations dans les jours qui ont suivi le scrutin contesté. Les autorités avaient alors interdit les rassemblements dans tout le pays, une interdiction bravée à plusieurs reprises. La presse a rapporté hier la mort en détention d'un deuxième manifestant.
Samedi, des rassemblements étaient organisés dans une centaine de villes dans le monde pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Iran et soutenir l'opposition en lutte contre le régime de Téhéran. L'une des plus importantes manifestations s'est déroulée à Stockholm où se sont rassemblées plusieurs milliers de personnes.

