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Culture - Rencontre

Plein soleil sur Gabriel Yared, le bélier noir…

« J'ai soif de soleil. » Ce sont là, quasiment, les premiers mots de Gabriel Yared, contacté le jour de son arrivée à Beyrouth pour un entretien, avant son concert de ce samedi, à Beiteddine.
C'est donc, tout naturellement, au bord de la piscine de son hôtel que se déroulera l'interview. Une discussion à bâtons rompus avec le talentueux monsieur Yared qui, par la grâce de sa musique, a naturellement trouvé sa place au soleil.
À chacun de ses retours, il est accueilli comme le fils prodige. Qu'il est d'ailleurs ! Couronné de prix , célébré, encensé - à juste titre - Gabriel Yared, à qui le président Sleiman a remis hier l' « Emblème présidentiel » pour l'ensemble de son œuvre, n'en garde pas moins une simplicité, une accessibilité admirables. On en connaît qui, pour bien moins qu'un Oscar, ont la tête qui enfle !  
D'autant qu'il a travaillé avec les plus grands. De Godard, qui lui commande sa première partition de film en 1979 - en lui confiant quatre mesures d'une pièce de Ponchielli (un contemporain de Verdi) dont il tirera quarante minutes de musique pour Sauve qui peut la vie -, à Jean-Jacques Annaud, son ami, pour lequel il a composé, entre autres, le score de L'Amant, adapté du célèbre roman de Marguerite Duras, en passant par Camille Claudel de Nuytten (César de la meilleure musique de film), Beineix et son fameux 37, 2° le matin, le film qui est à l'origine de sa rencontre avec Minghella, le réalisateur du Patient anglais, qui lui vaudra, comme chacun le sait, non seulement l'Oscar, mais aussi le Grammy Award et le Golden Globe, de la meilleure musique de film en 1997.
Un parcours étoilé - que rien n'aurait pu objectivement augurer. Encore moins Bertrand Robillard, son professeur de piano, qui, sourd aux envies précoces de compositions de son jeune élève, clamait qu' « on ne fera jamais rien de lui !» Gabriel Yared, s'il en tire une légitime fierté, remercie le ciel « pour la chance qu'il m'a donné. Je me sens béni des dieux, protégé, dit-il simplement, même si j'ai aussi beaucoup travaillé, avec acharnement, car l'inspiration ne tombe que dans le creuset d'une grande préparation », soutient-il.  
Ainsi, à 30 ans, malgré son expérience intuitive de l'écriture musicale, il se  jette à corps perdu dans la lecture des partitions, pour apprendre de manière académique le contrepoint, la fugue, l'harmonie... À l'époque, il travaillait déjà comme compositeur-orchestrateur et producteur pour de nombreux chanteurs de variétés en France : Aznavour, Bécaud, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy et Jacques Dutronc (dont il a été, pour la petite histoire, le témoin de mariage, et qui l'a, lui, mit en contact avec Godard).  
Aujourd'hui, en regardant en arrière, le musicien, qui croit aux signes, estime être « né pour la musique. Mes plus grands souvenirs d'enfance sont liés à la musique et notamment à l'orgue de l'église des pères jésuites où, étudiant en droit, je séchais les cours pour en jouer ». On connait la suite...

Ému de jouer au Liban
Trente ans d'écriture de musiques de film (de 1979 à 2009), cela se célèbre et pourquoi pas par un concert au Liban, sa terre natale où, devant un parterre d'amis, de parents et d'admirateurs, il déroulerait l'ensemble quasi total de ses œuvres. La proposition du Festival de Beiteddine le remplit de bonheur. « Je suis vraiment très ému de jouer ici. J'espère ainsi offrir au public libanais les plus belles fleurs de ma musique », dit-il.  On peu le croire, car malgré sa consécration hollywoodienne, il n'a pas perdu son âme, Gabriel Yared. Sollicité de toute part depuis l'Oscar, il n'en reste pas moins attentif aux vraies relations. Chaque film est pour lui avant tout l'occasion de « rencontrer une personne, de rentrer dans son univers, de m'en faire un ami et de pratiquer l'éclectisme que j'aime », soutient-il. Affirmant que « dès le départ, si je ne sens pas quelqu'un, je ne travaille pas avec lui.  Parce que pour moi, produire de la musique est un travail d'amour et, si je ne suis pas en harmonie avec la personne pour qui je vais donner le meilleur de moi-même durant plusieurs mois, je préfère laisser tomber ».

Ses amis, sa musique, son héros
Voila, tout est là. Dans cette intransigeance, non pas hautaine  - il  déteste l'arrogance, nous révélera-t-il un peu plus loin - mais découlant d'une exigence morale, d'un certain idéal. Ce n'est pas par hasard que Daniel Barenboïm est son « héros dans la vie réelle » !
Ses réalisateurs préférés ?  « Anthony Minghella, bien sûr, mais aussi Jean-Jacques Annaud, Michel Ocelot (pour qui il a écrit la bande originale de Azur et Asmar) et Jean-Jacques Beinex avec qui je me suis, néanmoins, séparé de manière orageuse après avoir travaillé avec lui sur trois films ». De sa collaboration avec Minghella (décédé, il y a un an), à qui il rend un hommage appuyé au cours du concert de demain soir, le compositeur dit avoir gagné, au-delà de la reconnaissance internationale, « une sorte de compagnonnage d'esprit, d'âme et de musique. Il était  musicien lui-aussi et nous partagions tous les deux un grand goût pour les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Il est venu vers moi après avoir entendu la musique de 37, 2° le matin et a tout de suite voulu m'engager pour ses films. Il s'est battu pour m'avoir, je n'étais pas connu et les producteurs américains étaient totalement opposés à ce choix. "Les compositeurs français ne sont pas fiables", lui disaient-ils. Il s'est acharné... »
Cette détermination à travailler avec lui ne pouvait que toucher celui que son père surnommait, enfant, « le bélier noir», pour sa persévérance, sa persistance à vouloir les choses.
Leur collaboration sera la plus longue et la plus fructueuse. Le musicien composera également pour Minghella les bandes du Talented Mister Ripley, de Cold Mountain et de Breaking & Entering qui lui vaudront deux autres nominations aux Oscars. Quatre films, quatre musiques totalement différentes, du thriller au mélange avec l'électro du groupe pop Underworld sur le dernier, « alors que certains se bornent encore à ne voir en moi que le compositeur lyrique », regrette celui qui a « aussi composé des musiques de comédies, comme celle de Tatie Danielle, ou encore pour L'élégance du Hérisson, le film de Mona Achache, tiré du fameux succès littéraire de Muriel Barbery ». Et composé des ballets, pour Carolyn Carlson et Roland Petit, Clavigo notamment pour le Festival de Baalbeck en 2001.  
Toujours est-il qu'il écrit pour le cinéma, le ballet, le théâtre... Gabriel Yared garde cette même exigence : faire de la « vraie » musique, celle qui se suffit d'elle-même, « qu'on puisse écouter en faisant abstraction des images ».  
Il projette, par ailleurs, de travailler avec Amin Maalouf sur un oratorio du Prophète de Gibran. Serait-ce sa première collaboration avec un Libanais ? Et, le cas échéant, répondrait-il à la sollicitation d'un jeune réalisateur libanais ? « J'ai déjà fait trois films avec Maroun Bagdadi. Pourquoi pas un autre réalisateur libanais, si je ressens positivement son travail. Je suis abordable très facilement, très communicatif, même en étant asocial, en ne sortant pas et en vivant beaucoup comme un moine. Et ma vie ainsi est très intéressante, même si je suis seul, parce qu'elle est, comme j'en ai toujours rêvé : baignée par la musique. La lecture de la musique, le jeu et la composition de la musique », affirme cet homme heureux. Qui a pour devise : « Tout me vient d'en haut »...
C'est donc, tout naturellement, au bord de la piscine de son hôtel que se déroulera l'interview. Une discussion à bâtons rompus avec le talentueux monsieur Yared qui, par la grâce de sa musique, a naturellement trouvé sa place au soleil. À chacun de ses retours, il est accueilli comme le fils prodige. Qu'il est d'ailleurs ! Couronné de prix , célébré, encensé - à juste titre - Gabriel Yared, à qui le président Sleiman a remis hier l' « Emblème présidentiel » pour l'ensemble de son œuvre, n'en garde pas moins une simplicité, une accessibilité admirables. On en connaît qui, pour bien moins qu'un Oscar, ont la tête qui enfle !  D'autant qu'il a travaillé avec les...
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