Naji Baz, « monsieur Buzz productions », et Noëlle, son épouse, qui en est à sa façon la version féminine, sont prêts à tout pour la musique. Pour offrir aux Libanais, off et on festivals, des artistes importants. Tout, à savoir les émotions, le challenge, mais aussi le stress, les risques d'un spectacle qui plaira ou pas, les risques d'un pays incertain, trop souvent au bord de l'explosion. Les étés 2006 et 2007 ont été de malheureux souvenirs dont ils ont dû assumer seuls certaines conséquences : annulation de spectacles, avec tout ce que cela implique comme pertes matérielles et découragement généralisé.
Pourtant, les Baz-Buzz ne sont pas au bord de la crise de nerfs. Loin de là... « C'est pour moi un très grand orgueil d'être libanais. Aucune fierté, mais un orgueil de placer la barre haut, précise Naji Baz. Je ne suis pas naïf par rapport à l'environnement culturel du pays, mais ça me rend encore plus exigeant. Nous agissons finalement comme un office de tourisme. Chaque accord signé m'offre une victoire personnelle et une grande joie, même si parfois on perd beaucoup d'argent... »
Un parcours surprenant
Mister Baz a le goût des mots, presque autant que celui des musiques. Il faut dire qu'il vient de l'univers de Science Po, où il a eu comme maître à penser des colosses comme Raymond Aron. « Cette école était à la fois suffisamment pointue et généraliste pour que j'y aille. Je n'avais aucune vocation précise. » C'est là qu'il a rencontré Noëlle, qu'ils ne se sont plus quittés. De 1990 à 1994, il travaille dans la publicité et organise des petits concerts rock underground alternatifs, assez pointus, « les concerts du dimanche » dans des salles mythiques parisiennes. Sa passion pour la musique fait la une d'une certaine presse spécialisée. Son nom commence à circuler dans l'univers musical. Il est alors contacté pour le poste de directeur général de Polydor. Le label mythique pour qui avaient signé Sting, James Brown, Supertramp, Jimmy Hendrix et bien d'autres.
Sept mois de réflexion et le voilà qui déménage d'une industrie à l'autre. La crise de l'industrie du disque n'aidant pas, le jeune directeur plie bagage quatre ans plus tard et décide de rentrer au Liban. « J'ai surtout décidé d'être le propriétaire de l'épicerie plutôt que le directeur du supermarché. Depuis, je me suis tenu à cette liberté sacrée. » Un coup de téléphone du chanteur Chris de Burgh qui cherchait producteur pour un concert au Liban, et Buzz productions voit le jour en septembre 1994. Chris de Burgh, puis Beat machine, the Scorpions, Paul Anka, Julien Clerc, Harlem Globe Trotters, Vanessa Mae, Charles Aznavour, Alanis Morisette, Pink Martini, Sting et Cheb Mami, Roger Waters, Johnny Hallyday et Lord of the Dance, Mark Knopfler à Dubaï ou encore Massive Attack confirment, sur plusieurs années, le flair et le professionnalisme des producteurs inspirés. « Disons qu'il y avait un sentier, on a essayé de l'asphalter et puis de l'élargir. » Mission accomplie, le festival de Baalbeck collabore avec Buzz productions durant 5 ans, avant que Byblos ne leur tende les bras.
Le meilleur et le pire
C'est en 2003 que, portant la casquette de programmateur, directeur artistique et producteur, Buzz productions, avec la complicité d'Amine Abi Yaghi, unit ses envies à celles du comité du Festival de Byblos pour organiser un premier été particulier qui vienne, en tout respect, s'ajouter aux festivals internationaux déjà existants. Des mois de préparation, « sur 40 artistes sélectionnés et contactés, un seul aboutit. Imaginez le travail ! » Des doigts que l'on croise, des poings que l'on frappe sur la table, des oui mais, des peut-être, avant un oui d'accord qu'un attentat, qu'une guerre inattendue vient balayer d'un coup bref. Mais lorsque la nuit magique a enfin lieu, le bonheur redonne des ailes. « Notre métier est éminemment politique. À chaque fois, on se dit merci mon Dieu, ce festival a bien eu lieu. Après, on aura le temps de faire les comptes ! » Bryan Ferry, Placebo, Jimmy Cliff, Eric Trufaz Group, Roger Hodgson, Omara Portuondo, Barbara Hendricks, Francis Cabrel, un « Happy birthday Naji ! » fredonné en live par Sting... Et puis Sean Paul, Gad Elmaleh qu'il faut annuler un incertain mois de juillet 2006, des incidents qui ressemblent à un début de guerre civile, l'année suivante. « Le plus difficile, à chaque fois, est de recommuniquer nos passions à nos artistes. C'est une entreprise de séduction éreintante. »

