Les attaques ont ravivé le spectre du terrorisme islamiste dans cette immense région, et en particulier en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde.
« Les gouvernements de l'Asie du Sud-Est se révèlent inefficaces dans la lutte contre les terroristes car ils pèchent par excès de confiance quant à leurs capacités », avertit le politologue indonésien Bantarto Bandoro.
Cet excès de confiance est lié à l'absence d'attentats de grande ampleur ces dernières années à la suite de la vaste offensive menée contre la mouvance clandestine islamique, notamment le réseau de la Jamaa islamiya.
Des centaines de militants et sympathisants ont été arrêtés, en particulier en Indonésie, à la suite de la vague d'attentats du début de la décennie, qui a culminé avec les 202 morts de Bali en 2002.
« Même si certains de leur membres sont arrêtés, ces terroristes ne s'arrêteront pas. Leur réseau est très étendu », prévient M. Bandoro.
En 2005, les dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) et leurs partenaires régionaux avaient lancé un site Internet destiné à partager des renseignements sensibles dans la lutte antiterroriste mais cet embryon de coopération est resté largement symbolique.
« Les attentats (de vendredi) démontrent que les gouvernements de la région devront davantage travailler en étroite collaboration pour démanteler la JI », estime l'analyste basé à Singapour Rohan Gunaratna, auteur d'un best-seller sur el-Qaëda.
Des progrès notables ont certes été accomplis, mais ils n'ont pas mené à la capture de plusieurs chefs des multiples branches de ce réseau très éclaté, plus ou moins lié à la mouvance el-Qaëda.
En l'absence de revendication, tous les regards se tournent ainsi vers le Malaisien Noordin Mohammad Top, considéré comme « l'homme le plus recherché d'Indonésie » et l'un des terroristes les plus craints d'Asie du Sud-Est.
Les attentats « doivent avoir un lien avec Noordin Top. Mais nous devons poursuivre l'enquête pour déterminer son implication », a déclaré un responsable de la lutte antiterroriste à Djakarta.
Sidney Jones, spécialiste reconnue du terrorisme islamique, estime également que « le réseau de Noordin doit être impliqué s'il s'agit d'un attentat-suicide ». Mais, précise-t-elle, le Malaisien « n'agit désormais plus au nom de JI. Il est devenu un dissident ».
Proche de la cinquantaine, cet ancien comptable a été, selon les experts, l'un des principaux organisateurs des attentats meurtriers perpétrés par la Jamaa islamiya, dont ceux de Bali en 2002 et de l'hôtel Marriott de Djakarta qui avait tué un an plus tard 12 personnes.
Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, un ancien général qui avait mené la lutte antiterroriste après les attentats de Bali, s'est montré particulièrement déterminé à ne pas laisser les dernières attaques mettre en danger la stabilité retrouvée de son pays. « Je suis convaincu que nous pourrons interpeller et punir selon la loi ceux qui ont perpétré cet acte de terrorisme », a-t-il affirmé.
Les États-Unis et l'Australie, deux pays très présents aux côtés de Djakarta dans la lutte antiterroriste, ont aussitôt proposé leurs services.
Stephen COATES (AFP)

