Livrant pour la première fois en public son analyse des semaines houleuses qui ont suivi la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad, M. Rafsandjani, qui dirige deux institutions-clés du régime, venait d'appeler à la libération des Iraniens arrêtés par centaines depuis le scrutin du 12 juin. « Il n'est pas nécessaire que des gens soient emprisonnés », a-t-il proclamé dans ce prêche retransmis par des médias iraniens. Il a également appelé à faire preuve de « compassion » avec « ceux qui ont été touchés dans les incidents ».
« Un grand nombre de gens sensés du pays ont dit qu'ils avaient des doutes » quant au résultat du scrutin. « Nous devrions œuvrer à répondre à ses doutes », a ajouté cet ennemi juré de M. Ahmadinejad, qui l'avait battu à la présidentielle de 2005. Il a ainsi critiqué le Conseil des gardiens de la Constitution, estimant que l'instance suprême de validation n'avait pas « bien utilisé » le délai accordé pour vérifier les votes. Face à une situation qu'il a qualifiée de « crise », il a dit avoir évoqué ces différents points avec des membres des deux institutions qu'il dirige, l'Assemblée des experts et le Conseil de discernement. C'était la première fois depuis plus de deux mois que M. Rafsandjani, soutien du leader de l'opposition Mir Hossein Moussavi, dirigeait la grande prière hebdomadaire à l'université.
L'opposition iranienne entendait prouver sa force lors de cette prière, à laquelle a assisté M. Moussavi pour sa première apparition publique depuis la validation officielle du scrutin le 29 juin.
Par ailleurs, un autre candidat malheureux à la présidentielle, le réformateur Mehdi Karoubi, a été attaqué alors qu'il se rendait au prêche, selon le site Internet de son parti, Etemad Melli. Les assaillants étaient « des hommes en civil (qui) l'ont attaqué et insulté », a déclaré son fils, Hossein Karoubi. Le terme d' « hommes en civil » désigne généralement les bassidjis (miliciens islamiques). M. Karoubi a toutefois pu assister au prêche. L'avocate Shadi Sadr, spécialisée dans la défense des droits de l'homme, a également été arrêtée par des « hommes en civil » alors qu'elle se rendait à l'université, selon son mari.
À l'issue de la prière, plusieurs milliers de partisans de M. Moussavi, rassemblés sur le site universitaire, ont scandé des slogans à sa gloire. La police, déployée en nombre avec des bassidjis, a fait usage de gaz lacrymogène et de balles de peinture pour marquer les manifestants et procédé à « plusieurs » arrestations, selon des témoins.
Les partisans de M. Moussavi ont pris part en juin aux manifestations les plus importantes de l'histoire de la République islamique, qui ont fait au moins 20 morts.

