«Fan de cinéma», selon ses propres termes, il a fait défiler des créatures lascives et conquérantes - chevelure blonde, ongles vermillon -, en fourreau à traîne en velours de soie, jupe de crêpe imprimée «pellicule», corset recouvert de pellicules en rhodoïd, aux épaules et aux hanches
articulées.
Les volants d'une courte robe s'ornent de paillettes composées de chutes de pellicule et de rhodoïd, des guêtres ou les hanches d'un corset se découpent dans du plexi transparent à motif « pellicule ».
Les stars séduisent en longs gants noirs à la Rita Hayworth dans Gilda. Leurs seins se font arrogants, pointus et facettés, ou se drapent de mousseline dans une robe au décolleté
bénitier.
Quand la mariée apparaît et que des visages de stars se projettent l'un après l'autre sur le voile qui recouvre le sien, les spectateurs applaudissent à tout rompre.
C'est à l'actrice française Micheline Presle que Jean Paul Gaultier a avant tout voulu rendre hommage. Il a rappelé l'avoir vue quand il était enfant dans le film Falbalas, qui « décrit incroyablement bien le monde de la mode », dont Micheline Presle partageait la vedette.
La fille de l'actrice, la réalisatrice Tonie Marshall, a suivi le défilé avec émotion, aux côtés de Josiane Balasko. L'acteur américain Mickey Rourke a préféré y assister tapi dans le fond, désertant son siège, après avoir été, comme la chanteuse Kylie Minogue, mitraillé par les photographes.
Sorbier, Élie Saab et Valentino
Le cinéma était aussi à l'honneur chez Franck Sorbier, dans une courte collection (cinq modèles pour homme, cinq pour femme) intitulée « Gueules d'atmosphère », en référence à la célèbre réplique d'Arletty dans Hôtel du Nord.
« C'est une collection dédiée au portrait, qui parle vraiment de tronches, de gueules », a expliqué le couturier, qui a présenté ses créations sur mannequins vivants immobiles.
Son vestiaire comporte un long manteau en velours lisse bordeaux rebrodé de chenilles et de rubans colorés, une petite robe de bal en rubans et galons compressés, un manteau robe de chambre en mosaïque de tissus, rubans, galons et autres chutes textiles.
Manifestement plus à l'aise financièrement, le Libanais Élie Saab a présenté une collection qu'il définit comme « archicouture ». Il a suivi les traces de Karl Lagerfeld qui avait proposé pour Chanel en janvier, dans les mêmes locaux, une collection entièrement blanche.
Élie Saab décline les nuances de blancs, nacre, écru dans une collection inspirée de l'Art nouveau, notamment pour des robes longues drapées. Dentelle, fleurs brodées, paillettes, ruchés, bandes de mousseline sont omniprésentes dans ce vestiaire précieux.
Valentino voit au contraire l'hiver tout en noir. Les stylistes Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli ont dessiné un vestiaire qui fait la part belle aux superpositions de transparences, à la dentelle Chantilly sur mousseline chair, aux ruchés, aux volants omniprésents qui redessinent les silhouettes.
La mousseline s'incruste de dentelle, cette dernière s'associe au tulle et à l'organza pour une tunique, des bouquets de fleurs d'organza s'épanouissent sur un manteau. Les robes longues laissent apparaître des bustiers baleinés chair, tandis que des masques de dentelle dissimulent partiellement les visages.
Queues de paon et cloches voilettes chez Chanel
Karl Lagerfeld pour Chanel a joué mardi 7 juillet au soir les asymétries avec des vestes et des robes rallongées dans le dos comme des queues de paon, dans son défilé de haute couture pour l'hiver 2009 placé sous le signe de « l'épuration graphique » pour une collection « plus Chanel que jamais ».
Après une saison dans un local plus petit, proche du siège historique de la maison rue Cambon (Ie), la maison de couture a renoué avec le Grand palais et les décors monumentaux. Plusieurs flacons de parfums géants avaient été installés sous la verrière, caressés par la lumière du crépuscule, entre lesquels déambulaient les mannequins.
«J'adore le Grand palais, pour moi c'est le cœur de Paris, a commenté le couturier dans la cohue d'après-défilé. C'est quand même un bâtiment d'une proportion incroyable. »
Frimas oblige, le tailleur de tweed s'impose comme toujours mais avec une veste rallongée par un panneau à l'arrière, qui descend jusqu'à l'ourlet de la jupe et même parfois au-delà.
Le soir, les robes sont courtes, mais ce panneau descend jusqu'au sol, voire se transforme en traîne. Ces panneaux « sont flatteurs pour les jambes et n'ont pas l'encombrement des grandes robes de bal pour des bals qui n'ont plus lieu », a expliqué Karl Lagerfeld.
Des sortes de chapeaux cloches transparents comme des voilettes et brodés de cristaux couvrent les têtes. « Ce sont des casques visières en dentelle », a-t-il dit. « C'est assez agréable quelquefois de voir et de ne pas être vu », a ajouté le couturier qui ne quitte jamais ses lunettes noires. C'est « une espèce de voile de coquetterie », qui « crée un mystère ».
Karl Lagerfeld a déclaré avoir voulu « mettre l'image Chanel, le fameux (parfum) Numéro 5, très en valeur, avec une grande élégance. « Notre nom a quand même beaucoup traîné sur les écrans », a-t-il ajouté en faisant référence aux films mettant en scène Coco Chanel sortis sur les écrans ces derniers mois. « J'hérite quelquefois d'une image qui n'est pas celle que je voulais », a-t-il ajouté. « J'ai voulu faire un peu du nettoyage », avec cette collection «plus Chanel que jamais », avec «une épuration graphique ».
Le défilé a été applaudi notamment par les actrices Isabelle Huppert, Élodie Bouchez et l'ancien mannequin Inès de la Fressange.
Dominique SHRŒDER

