Natalia Estemirova, 50 ans, qui travaillait pour la prestigieuse ONG russe Memorial, a été enlevée près de chez elle mercredi matin à Grozny, capitale de la Tchétchénie, et retrouvée tuée par balles quelques heures plus tard en Ingouchie voisine. L'annonce de ce crime a immédiatement rappelé l'assassinat en 2006 de la journaliste Anna Politkovkaïa, qui poursuivait le même combat, la dénonciation des exactions commises par les forces de l'ordre en Tchétchénie et avec laquelle elle a beaucoup travaillé.
Cette mort a soulevé la même vague d'indignation en Occident alors qu'en Russie, le sujet était à peine évoqué, sinon passé sous silence, jeudi matin dans les journaux télévisés russes, loin derrière les inondations en Extrême-Orient russe ou la visite du président Dmitri Medvedev en Allemagne.
À Washington, le département d'État a exhorté les autorités russes à « faire comparaître les coupables en justice ». La présidence suédoise de l'Union européenne a aussi demandé de « faire ce qu'il faut » pour trouver le responsable.
La plupart des meurtres de journalistes et défenseurs des droits de l'homme, dont celui d'Anna Politkovskaïa, n'ont jamais été élucidés, sans parler des enlèvements et des meurtres qu'ils dénonçaient. « Combien faudra-t-il encore de Natalia Estemirova et d'Anna Politkovskaïa tuées pour que les autorités russes protègent ceux qui se battent pour les droits de l'homme ? » a demandé le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Terry Davis. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), dont le siège est à New York, a également demandé au président russe « une enquête approfondie, indépendante et transparente ».
Le président russe, Dmitri Medvedev, a rendu un hommage inédit hier à la militante russe. « Il est évident que son assassinat est lié à son activité professionnelle, qui était utile pour tout État normal », a déclaré M. Medvedev lors d'une conférence de presse commune avec la chancelière allemande Angela Merkel, à Munich. « Elle disait la vérité ouvertement, parfois durement en parlant des autorités. Mais c'est pour cela qu'on apprécie les défenseurs des droits de l'homme », a-t-il poursuivi. « Ce crime ne doit pas rester impuni », a-t-il insisté. « Je suis sûr que les meurtriers seront retrouvés », a-t-il assuré. À la différence de son prédécesseur Vladimir Poutine, qui avait réagi tardivement et avec cynisme à l'assassinat d'Anna Politkovskaïa, M. Medvedev a immédiatement fait part de son « indignation », par porte-parole interposée. La chancelière allemande a insisté pour sa part sur la nécessité d'une enquête.
Pour l'ONG Memorial, le coupable ne fait pas de doute : « Je sais, je suis sûr de l'identité du coupable, nous le connaissons tous, son nom est Ramzan Kadyrov », le président prorusse de Tchétchénie, a déclaré Oleg Orlov, le responsable de Memorial, dans un communiqué. Ramzan Kadyrov « menaçait Natalia, l'insultait et la considérait comme une ennemie personnelle », a-t-il dit. « Nous ne savons pas s'il a lui-même donné l'ordre ou si ses collaborateurs l'ont fait pour faire plaisir à leur chef », a ajouté M. Orlov. Son travail déplaisait aux autorités locales. Le commissaire tchétchène aux Droits de l'homme Nourdi Noukhajiev en avait d'ailleurs averti la direction de Memorial à Grozny parce qu'il « ne voulait pas qu'il se passe quelque chose », poursuit l'ONG.
M. Medvedev a jugé « primitives » et « inacceptables » les accusations portées à l'encontre de M. Kadyrov.
M. Kadyrov a qualifié pour sa part d'« inhumain » cet assassinat et promis de superviser personnellement l'enquête.


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