Dans l'extrême ouest de la province, la ville de Kashgar a été fermée à la presse étrangère, priée de quitter ce district majoritairement ouïghour hier « pour leur sécurité ».
Des émeutes dimanche à Urumqi ont fait 184 morts, d'après un bilan revu à la hausse, par l'agence Chine nouvelle, citant le gouvernement régional. Ces émeutes ont été suivies par trois jours de troubles opposant les Ouïghours musulmans et turcophones, principale minorité de la région, aux Hans, l'ethnie majoritaire en Chine.
Toutefois, la dissidente ouïghoure en exil Rebiya Kadeer a estimé de son côté que des milliers de personnes pourraient avoir été tuées.
Les familles des « civils innocents » tués à Urumqi recevront 200 000 yuans (21 000 euros) de dédommagements, et 10 000 yuans d'aide pour les funérailles, a annoncé Chine nouvelle, citant les autorités municipales.
Bien que les autorités aient annoncé mercredi que la situation était désormais « sous contrôle », les gares ferroviaires et routières d'Urumqi étaient prises d'assaut hier par des milliers de personnes, dont de nombreux travailleurs migrants Hans, cherchant à partir. Près de 10 000 personnes sont parties chaque jour depuis le début de la semaine de la principale gare des bus, le double du flux normal, selon le responsable de la gare nommé Adili. Mais Adili a aussi souligné que cette période était traditionnellement une période d'affluence, avec le retour chez eux des étudiants en vacances.
Des témoignages recueillis par l'AFP montraient néanmoins que beaucoup optaient par prudence pour un départ. Qi Fenglong est ainsi venu de Kuitun à Urumqi - 240 kilomètres - pour y chercher sa fiancée et la mettre à l'abri. Les billets se revendaient au marché noir à des prix quintuplés. « Beaucoup de gens partent parce qu'ils ont peur. C'est vraiment difficile d'acheter des billets », expliquait un revendeur.
L'absence d'un total retour à la normale était aussi manifeste dans les mosquées restées closes en ce jour de prière, à Urumqi, où elles avaient été fermées au lendemain des émeutes, comme à Kashgar. « Rentrez prier chez vous », intimaient des affichettes apposées sur les portes de certaines mosquées. « Le gouvernement a dit qu'il n'y aurait pas de prières », a déclaré un Ouïghour, nommé Tursun, interrogé devant la mosquée Hantagri, l'une des plus vieilles d'Urumqi, où se trouvaient une centaine de policiers armés de fusils d'assaut et de matraques.
En outre, la police antiémeute chinoise a dispersé une petite manifestation de Ouïgours, près d'une mosquée d'Urumqi.
Par ailleurs, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a estimé hier que les troubles constituaient « une sorte de génocide ». « Il n'y a pas d'autre façon de commenter cet événement », a déclaré M. Erdogan. M. Erdogan a déploré la fermeture des mosquées, jour de la principale prière hebdomadaire des musulmans, et a appelé Pékin a poursuivre les auteurs des violences qui ont enflammé la région.
Ankara soutient la souveraineté chinoise au Xinjiang, mais a des rapports culturels avec les Ouïghours, principale minorité ethnique du Xinjiang. De nombreux exilés ouïghours ont trouvé refuge en Turquie.

