Issu d'un long processus de métissage, le flamenco reste - au grand dam des puristes! - ouvert à toutes sortes d'apports extérieurs pouvant l'enrichir, le colorer, le moderniser, avec subtilité et harmonie bien entendu.
C'est dans cet esprit de musiques du monde, qui dialoguent et conversent, que se situe le flamenco-jazz du quartette de Fran Molina. Car le flamenco, comme le jazz, accorde une part essentielle à l'improvisation. Laquelle a dominé cette rencontre entre la fougue - assez atténuée cependant - du flamenco et la liberté du jazz servie par Fran Molina à la guitare, Alejandro Ollero à la basse et Daniel Parra aux percussions. Sans oublier Carmen Cervantès, la «bailaora», qui, elle, a joué de toutes ses cordes corporelles pour accompagner à la fois visuellement, dans une danse épurée et majestueuse, et en sonorités - celles des castagnettes, des «zapateados» et autres martèlements de talons, sans oublier les spécifiques frappes de paumes -, la fusion des rythmes gitans (buleria, tango andalou, siguiriya ou encore rumba...) et des notes bleues. Celles, notamment, de quelques standards du jazz, à l'instar de Shake Hands, de Beautiful Love de Bill Evans ou encore d'Autumn Leaves (Les feuilles mortes de Joseph Kosma), un air célèbre inscrit en tête de liste des
« versions jazzifiées ».
Très éloignée des clichés d'un flamenco âpre, passionnel et tendu, la performance du Fran Molina Quartet a fait plus dans le fluide, le suave, l'aérien...À l'exception d'un «jorpo» vif, aux rythmes plutôt afros qui ont donné la part belle aux percussions.
Si les traditionalistes n'ont pas reconnu « leur » flamenco dans ce concert, les novateurs, eux, par contre, ont largement applaudi ce nouveau visage, original, contemporain, plus en douceur et légèreté de la musique gitano-andalouse. Nourrie de notes bleues...


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