Urumqi s'est embrasée dimanche soir quand des milliers d'émeutiers sont descendus dans les rues et ont attaqué des Hans, ethnie majoritaire en Chine, selon les témoignages d'habitants. La télévision chinoise a montré hier des blessés couverts de sang, des carcasses de véhicules incendiés et des foules jetant des pierres sur les forces de l'ordre ou retournant des voitures de police. Mais des groupes exilés ouïghours ont affirmé que les forces de l'ordre avaient tiré sur des manifestants pacifiques. Le Xinjiang, peuplé notamment de 8,3 millions de Ouïghours, des musulmans turcophones, est régulièrement la proie de troubles séparatistes. Des habitants dénoncent aussi la répression politique et religieuse menée, selon eux, par la Chine sous couvert de lutte antiterrorisme et s'insurgent contre la sinisation de leur terre.
Cette vaste région aride constitue l'une des deux zones, avec le Tibet, où Pékin redoute particulièrement l'instabilité. La flambée de violence d'Urumqi évoque d'ailleurs les émeutes de Lhassa, la capitale régionale du Tibet, où, le 14 mars 2008, des émeutiers tibétains avaient attaqué des Hans et leurs commerces, tuant, selon les autorités chinoises, 18 civils et un policier. Mais au contraire de Lhassa, le calme est vite revenu à Urumqi, où la présence des forces de l'ordre était massive hier, selon l'un des journalistes de l'AFP sur place. Urumqi, commerces fermés, était une ville morte, où le couvre-feu a été imposé en soirée. Près du grand marché, des forces de l'ordre casquées, munies de boucliers et de matraques, stationnaient à chaque coin de rue, a constaté l'AFP. Des véhicules de police patrouillaient les rues. L'Internet a été interrompu et les communications mobiles également, ont indiqué des résidents. Le renforcement de la sécurité a gagné jusqu'à l'extrême ouest de la région. En effet, hier soir, l'agence Chine nouvelle rapportait que la police a dispersé 200 « émeutiers » devant une mosquée de la ville de Kashgar. La police dispose en outre de preuves attestant que des « troubles » ont été fomentés à Aksu et dans la province de Yili Kazakh, a ajouté Chine nouvelle sans donner plus de détails.
Hier, l'ONU et plusieurs pays ont appelé à la retenue et au respect des droits démocratiques. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que les différends devraient « se résoudre pacifiquement, par le dialogue ». Le président italien Giorgio Napolitano, qui recevait son homologue chinois Hu Jintao, a souligné l'importance du respect des droits de l'homme. Et la Grande-Bretagne a appelé aussi bien les autorités chinoises que les émeutiers à la « retenue » et au « dialogue ». Présentant ses condoléances à « tout le peuple chinois, avec en premier lieu le peuple de la province autonome ouïghoure du Xinjiang », la Turquie s'est dit « convaincue que la Chine prendra les mesures nécessaires pour empêcher la répétition d'événements similaires ». Aux États-Unis, un porte-parole du département d'État, Ian Kelly, a dit : « Nous regrettons profondément ces pertes humaines », ajoutant que Washington appelait « toutes les parties au calme et à la retenue ». Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a appelé le gouvernement chinois au respect des droits de l'homme. Notant que, selon des ONG et des sources indépendantes, il pourrait y avoir des centaines de morts, il a appelé tous les protagonistes « au calme et à la modération ». À La Haye, une soixantaine de manifestants ont été interpellés après avoir lancé des pierres contre l'ambassade de Chine, a annoncé la police néerlandaise.
À Munich (Allemagne), un responsable de la principale organisation d'Ouïghours en exil a accusé la police chinoise d'avoir ouvert le feu sur des manifestants. « On a tiré au hasard sur des hommes et des femmes », a affirmé à l'AFP Asgar Can, vice-président du Congrès mondial des Ouïghours, qui a son siège à Munich. Le dissident chinois Wu'er Kaixi, un des dirigeants du Printemps de Pékin en 1989, lui-même ouïghour, a accusé les autorités chinoises d'être par leur politique responsables des émeutes. « La mentalité hégémonique du gouvernement chinois et ses politiques barbares sont à blâmer pour l'injustice (régnant) au Xinjiang » et ont « conduit aux protestations d'Ouïghours », a estimé sur son blog le dissident, qui vit en exil à Taïwan.

