En tout cas, en empêchant que les Libanais s'entendent sur la composition du cabinet avant même la désignation d'un Premier ministre, les Syriens laissent la porte ouverte sinon à la crise, du moins à des complications dont ils peuvent monnayer le règlement. Par là même, ils privent le pays politique, et le pays tout court, de l'avantage d'une publication simultanée des décrets institutionnels concernant la désignation d'un président du Conseil et la formation du gouvernement. Les Syriens justifient paradoxalement leur refus en affirmant que les tractations sur la composition du gouvernement prendraient trop de temps et qu'il faut donc d'abord accomplir les consultations pour la désignation d'un Premier ministre. Ils font donc mine d'oublier que cette nomination ne mène strictement à rien, sinon à une crise de pouvoir, s'il n'y a pas accord sur la forme du gouvernement. En réalité, comme on le voit et comme on l'entend dans les coulisses, l'agenda imposé par les Syriens leur permet, à eux mais à d'autres aussi, d'intervenir activement dans la mise en place du nouvel Exécutif libanais. Leur but étant de proroger le contrôle par défaut de l'État libanais à travers le tiers de blocage dévolu à leurs fidèles du cru. Une condition que les loyalistes refusent, certes, mais au risque de ne pas être en mesure de former le gouvernement, puisque le tandem Amal-Hezbollah y interdirait toute représentation chiite. Les majoritaires ont l'appui des États-Unis, de l'Europe, France en tête, et des Arabes modérés pour une formation rapide du gouvernement. Mais avec la question du tiers de blocage en arrière-plan, la Syrie peut faire durer les choses, ou même les faire avorter, si on ne lui en paye pas le prix. Avec un petit supplément pour le fait qu'elle n'ait pas objecté à l'avènement d'un Hariri qu'elle ne porte pas dans son cœur.
À ce propos, les médias syriens, tous officiels, et leurs pendants libanais indiquent qu'une fois le gouvernement formé, le premier geste de Hariri devra être de se rendre à Damas, en pénitent comme qui dirait. Ils précisent en outre que la Syrie est disposée à faciliter les choses au Liban, mais en n'exerçant que des pressions limitées sur ses alliés locaux par respect de leurs droits. Ces médias ajoutent que la Syrie a répondu favorablement à la demande de ne pas intervenir dans les législatives libanaises et que par conséquent on ne doit pas la presser de s'immiscer dans la nature du gouvernement en voie de formation. Sous-entendu qu'on ne doit pas la prier de gommer la revendication du tiers de blocage qu'avancent ses alliés. Les médias syriens soulignent sans ambages que les relations bilatérales doivent rester régies par le fameux traité dit de fraternité signé du temps de la tutelle. Et, pour garantir le maintien des protocoles iniques, tous à l'avantage de la Syrie, qui découlent de ce pacte, les porte-voix du régime de Damas exigent que les ministères les plus concernés soient confiés à des cadres du 8 Mars. Enfin, ils relèvent que la question de l'armement du Hezbollah et des bases palestiniennes hors des camps ne peut être réglée qu'à la lumière des résultats des négociations de paix tripartites avec Israël.


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026