Liban

Des positions en apparence insurmontables, mais les déblocages restent possibles

Éclairage
02/07/2009
Contrairement aux premiers pronostics, la formation du prochain gouvernement pourrait ne pas être aussi difficile que prévu. Une affaire de deux semaines, estiment les plus optimistes, qui affirment qu'elle devrait intervenir avant le sommet prévu à Damas entre le roi Abdallah d'Arabie et le président syrien Bachar el-Assad vers la mi-juillet. Les plus pessimistes parlent d'un mois et ajoutent que ce sommet serait de nature à donner un véritable élan à la naissance du gouvernement, en consacrant une réconciliation spectaculaire entre la Syrie et le Premier ministre libanais désigné, en présence du roi Abdallah, du président Sleiman et du président de la Chambre, confirmant ainsi l'ouverture d'une nouvelle page au Liban et dans les relations de ce pays avec la Syrie.
En attendant ces développements régionaux, qui sont toujours de la plus grande importance pour la situation au Liban, le paysage gouvernemental se présente comme suit : l'opposition, dont les pôles adoptent un langage différent, donnant ainsi l'impression de multiplier les conditions, reste surtout très ferme sur le tiers de blocage. La majorité, de son côté, refuse d'en entendre parler, et le président de la République insiste pour avoir un nombre de ministres suffisant pour peser sur les décisions et constituer en quelque sorte une force incontournable qui serait une garantie pour les deux camps.
Présentées de cette manière, les positions semblent inconciliables, mais c'est là que commencent les négociations... et les médiations. Beaucoup de chemin a été accompli depuis que Saad Hariri a proposé à Hassan Nasrallah, au cours de leur rencontre nocturne, la formule 4, 10 et 16, qui avait d'ailleurs été aussitôt rejetée par l'opposition, mais aussi par le chef de l'État. Aujourd'hui, les formules les plus variées circulent dans la presse, mais celle qui semble avoir le plus de chances d'être adoptée reste celle de 5-10-15. En donnant un ministre chiite et un autre sunnite au président en plus des trois chrétiens (un maronite, un grec-orthodoxe et un grec-catholique), elle a l'avantage de rassurer aussi bien l'opposition que la majorité. Car Michel Sleiman ne devrait pas choisir des personnalités rejetées par les deux camps. Si, de l'avis de tous les protagonistes, il est encore trop tôt pour entrer dans le bazar des noms et celui des portefeuilles, des noms qualifiés d'acceptables circulent dans les coulisses politiques. Le président maintiendrait ainsi Ziyad Baroud (maronite), qui est pratiquement le ministre le plus populaire de l'actuel gouvernement, tous camps confondus, et pourrait choisir l'ancien ministre Ghassan Salamé (grec-catholique), l'ancien vice-président de la Chambre Issam Farès (grec-orthodoxe), l'ancien ministre Bahige Tabbarah (sunnite) et Kamel Mouhanna (chiite). Cette sélection reste toutefois au stade des pronostics, d'autant que l'actuel ministre de la Défense Élias Murr bénéficie de l'appui des États-Unis pour rester au même poste. Ce serait, selon des sources de ministrables, l'une des raisons de la visite surprise effectuée par le général David Petraeus au Liban, sous le titre de la coopération militaire entre Beyrouth et Washington.
Ce qui compte cependant dans le choix du président, c'est qu'il donnerait en quelque sorte un tiers de blocage tacite à l'opposition par le biais du choix de la personnalité chiite, et une majorité déguisée au camp du 14 Mars grâce à son choix de la personnalité sunnite. De la sorte, il n'y aurait pas de division définitive et claire qui radicalise les positions, mais plutôt une atmosphère nouvelle de redistribution des cartes, surtout avec les dernières positions de Walid Joumblatt qui laissent croire qu'il pourrait ne pas s'aligner sur le 14 Mars dans tous les dossiers. Le chef du PSP réclame en tout cas un ministre chrétien et deux druzes, laissant le troisième portefeuille druze à l'émir Talal Arslane. Nabih Berry aussi réclame trois ministères dont celui des AE auquel il refuse de renoncer. Michel Aoun réclame sept ministères dont un régalien (il aurait un œil sur la Justice) et compte parmi ses candidats l'ancien ministre Sleiman Frangié et l'actuel ministre des Télécommunications Gebran Bassil. Samir Geagea réclame trois portefeuilles et les Kataëb deux, le bloc de Zahlé un, Nagib Mikati et Mohammad Safadi souhaiteraient aussi être représentés... Bref, c'est une vraie salade d'exigences, et chaque partie lève le ton et le plafond de ses conditions pour obtenir une part du gâteau gouvernemental.
En dépit de l'étalage des appétits et de l'impossibilité de satisfaire tout le monde, le Premier ministre désigné affiche un grand optimisme et beaucoup de sérénité. Il est convaincu que les obstacles seront rapidement surmontés et qu'il existe une volonté réelle d'accélérer le processus de formation du gouvernement. Ses proches laissent entendre qu'il n'aurait pas accepté la désignation s'il n'était pas sûr d'être en mesure de former une équipe relativement homogène et acceptable. Il est vrai que les Saoudiens mettent aussi le paquet pour aplanir les difficultés éventuelles...

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