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Lifestyle - Rencontre

Les 1 001 nuits de Nora Joumblatt dédiées à Beiteddine

Elle est bien évidemment l'épouse d'un grand leader national, mais Nora Joumblatt est d'abord et surtout une femme qui a réussi, même en jeans, à imposer son sceau, un charme particulier, parce que discret, dans les pièces et les cours du somptueux palais de Beiteddine.
On ne saurait trop dire ce qui séduit d'abord chez Nora Joumblatt. Sa beauté rayonnante, son sourire contre les épreuves, et il y en a, sa détermination toute en douceur ou la grande discrétion, certains appellent cela de l'humilité, qui enrobe sa personne, sa vie et ses actes. Les interviews, elle déteste. Parler d'elle, la présidente du Festival de Beiteddine, qui travaille en toute démocratie et amitié avec une équipe de fidèles, elle n'en voit guère l'intérêt. Mais défendre une cause, dénoncer une injustice, un scandale, comme cette semaine, l'affaire Gad Elmaleh. Se battre pour un projet, un artiste, placer elle-même les chaises manquantes durant le festival ou « balayer s'il le faut », elle n'hésitera pas.
Ses combats se sont toujours faits avec un juste dosage de passion et de lucidité. La passion, elle la garde pour elle. La lucidité, elle veut bien la partager pour relever le moral des troupes. Des combats qui ont pour nom protection de l'environnement, culture, justice, enfance atteinte de cancer, et surtout liberté. Lors du Printemps de Beyrouth, et dans l'urgence, elle s'est senti pousser des ailes. Ces mêmes ailes qui l'ont portée jusqu'aux cieux de Beiteddine où elle a réussi à organiser un festival dont l'âme, dès les premières notes, s'est parfaitement accordée à ces lieux enchantés.
Comme lors de cette douce révolution où ses actes étaient « citoyens et pas politiques », elle met ses émotions et ses convictions au service de l'efficacité, pour que les choses avancent au rythme du cœur qui bat. Car ce qui compte à ses yeux, c'est la finalité. L'aboutissement d'une idée qui devient évidence, une utopie qui se transforme en réalité puis en projet. « Beiteddine, aime-t-elle à répéter, est un petit mirage dans un monde où les murs s'effondrent. » Un petit mirage aujourd'hui agressé par des nuages de mauvaises intentions frôlant le terrorisme culturel, qui ne ruineront en rien la fête. Mais qui risquent bien de défigurer l'image d'un Liban ouvert au monde.

Côté cour
Dans une autre vie, Nora Joumblatt a fait les beaux arts à Paris, ouvert la galerie 50x70 avec son amie, notre collaboratrice May Makarem. Dans une autre vie, elle aurait voulu être reporter, couvrir les événements chauds et témoigner de la folie des hommes. Ou archéologue, pour retrouver la beauté d'un monde enfoui. Dans une autre vie, enfin, celle qui inflige de nombreux périls, mais est-ce vraiment une autre vie, elle a voulu être, elle a été une militante des grands jours et des grands rêves, auprès, entre autres héros, d'un Samir Kassir qui, précise-t-elle, « nous avait rédigé nos deux premières brochures ». « La rue, poursuit-elle avec une nostalgie retenue, a été un mouvement spontané. Nous avons tous fait ce Printemps de Beyrouth ensemble. Rien n'aurait pu arrêter quiconque était porté par ce même sentiment, ce même désir de liberté. »
Mais revenons au festival, qui démarre aujourd'hui avec un hommage à Oum Kalsoum. Puisque c'est la seule chose dont elle consentira à parler. Le reste a été senti, deviné, volé. Impressions et non confessions.
« Le festival a démarré en 1985, c'est d'ailleurs le seul qui soit né durant la guerre, avec quelques événements organisés gratuitement pour la région. L'objectif, un appel à la normalité, était alors de s'élever contre la guerre et la destruction, de réunir les Libanais dans un même élan de confiance et une communication culturelle. » Il en sera ainsi, avec un ou deux timides événements annuels, jusqu'en 1987. Nora Joumblatt se jette dans l'aventure et le festival commence à prendre existence, identité, avant de réellement prendre vie. « Le festival est devenu officiel en 1992, poursuit sa présidente, avec un comité, des sponsors, une programmation de plus en plus importante, une billetterie efficace, des brochures, le tout suivant une stratégie marketing bien étudiée. » Barbara Hendricks, dans un inoubliable récital lyrique, ouvrira le bal du Festival international de Beiteddine en 1996, semant dans les airs et le cœur de 5 000 personnes une poussière magique qui brille encore à chaque nouvelle saison. Montserrat Caballé prend le relais l'année suivante. Avec de grands noms comme Marie-Claude Pietragalla, Cesaria Evora, Placido Domingo, John Mac Laughlin et Zakir Hussein, Joaquim Cortes, Joe Coker, Jessy Norman ou Feyrouz, le festival qui s'impose parmi les grands de ce monde, et qui impose un professionnalisme acquis sur le terrain, trouve sa place auprès de Baalbeck, du Bustan, et, plus tard, du festival de Byblos. Comédies musicales, spectacles, installations, expositions, musiques du monde, tout est au programme, tant qu'il s'agit de qualité. Le festival devient ainsi un label. « La valeur sûre est une bonne chose pour la rentabilité du festival, mais nous essayons de donner des spectacles de top niveau. C'est cette curiosité des choses, et une volonté de ne jamais arrondir les angles ou lésiner sur les moyens techniques qui nous animent. C'est cet amour-là qui nous pousse à offrir aux gens le meilleur dans les meilleures conditions possibles. Le diable se cache dans les détails, non ? » Un ange passe... « Chaque événement réussi est un moment unique et une rencontre. Jesse Norman, quelle fabuleuse personnalité ! Sa venue a été accompagnée de nombreuses péripéties et le concert a été mémorable. Avec Zakir Hussein et John McLaughlin, il y eut de la lévitation dans la salle, ce soir-là ! Elton John s'est montré un vrai gentleman, contrairement à sa réputation capricieuse qui le devançait. Sa présence sur scène avec son piano est inoubliable. De même que Notre-Dame de Paris, notre première comédie musicale, présentée dans les mêmes conditions que le Palais des Congrès de Paris, les derviches tourneurs, enivrants, le navire Naumon, accostant dans le port de Beyrouth en 2004, avec des acrobates, des jouets démesurés et un spectacle offert à 30 000 personnes, ou encore Mika, un énorme défi pour nous et le festival de Baalbeck. »
Il y a également les rendez-vous manqués pour cause de fausses rumeurs et de mauvaise foi. Nora Joumblatt, entourée d'un comité également outré, réagit à l'événement avec la colère qu'il mérite. « Toute culture est universelle, précise-t-elle, à moins que son expression n'aille à l'encontre des intérêts nationaux. Et Gad Elmaleh est un artiste marocain, donc arabe. Sa confession juive est en dehors du débat. Et puis, il avait été à l'affiche de Byblos il y a trois ans. Que s'est-il passé depuis pour qu'il y ait un problème ? Qu'est ce qui a changé ? De toute manière, c'est à l'État, qui censure les prestations dans les festivals, et à l'État seul, de trancher... »
Reste tout de même un rendez-vous incontournable dans un site unique, des impressions inaltérables et un programme qui tiendra ses promesses. « J'ai le sentiment, laisse échapper la dame de Beiteddine, plus calme, que ce palais vit avec la musique et les lumières. Que son âme se réveille durant cette période. On pourrait même l'entendre respirer au même rythme que nos soirées. »
« Il me faudrait mille vies pour faire tout ce que j'ai envie de faire », avoue-t-elle enfin. 1 000 vies et 1 001 nuits, pour que le Festival de Beiteddine continue de faire battre son cœur, celui d'un lieu hors du temps et d'un public qui ne se lasse pas de s'émouvoir...
On ne saurait trop dire ce qui séduit d'abord chez Nora Joumblatt. Sa beauté rayonnante, son sourire contre les épreuves, et il y en a, sa détermination toute en douceur ou la grande discrétion, certains appellent cela de l'humilité, qui enrobe sa personne, sa vie et ses actes. Les interviews, elle déteste. Parler d'elle, la présidente du Festival de Beiteddine, qui travaille en toute démocratie et amitié avec une équipe de fidèles, elle n'en voit guère l'intérêt. Mais défendre une cause, dénoncer une injustice, un scandale, comme cette semaine, l'affaire Gad Elmaleh. Se battre pour un projet, un artiste, placer elle-même les chaises manquantes durant le festival ou « balayer s'il le faut »,...
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