Le moment le plus émouvant a eu lieu dans la matinée avec la passation des pouvoirs de la dernière des 86 positions américaines à Bagdad. Les Irakiens ont repris possession de l'ancien ministère de la Défense dans le centre historique de la capitale. Ce bâtiment construit en 1938 était occupé depuis 2003 par les forces américaines. « En restituant l'ancien ministère de la Défense aux autorités irakiennes, c'est le symbole de sa souveraineté que s'approprie à nouveau notre peuple, et ce moment marque la fin de la domination de la Force multinationale », a affirmé le général irakien Abboud Qambar, commandant de la chambre d'opérations de Bagdad. Il venait de recevoir des mains du général Daniel Bolger, commandant de la Force multinationale de Bagdad, une clé symbolique. Sur le bâtiment flottait un immense drapeau irakien.
Occupé immédiatement après son arrivée par l'armée américaine, l'ancien ministère servira désormais de quartier général pour la 11e division de l'armée irakienne en charge de la sécurité de Bagdad. Le nouveau ministère est situé dans la « zone verte », secteur ultraprotégé de la capitale. Les barrages de la police étaient décorés de fleurs artificielles et de drapeaux irakiens, et les voitures de police étaient ornées de rubans colorés. Des banderoles étaient érigées avec ces mots : « Irak : ma nation, ma dignité, mon honneur. »
Mais pour marquer « le jour de la souveraineté nationale », une grande fête a eu lieu, à Zawra, le plus grand parc de la capitale, où les Bagdadis ont pu vibrer au son de la musique de leurs chanteurs préférés.
Le retrait américain, aujourd'hui, des villes s'inscrit dans l'accord de sécurité signé en novembre par Bagdad et Washington et qui doit aboutir fin 2011 au départ de toutes les troupes américaines d'Irak. Dans la ville sainte de Najaf, l'un des quatre grands ayatollahs chiites, cheikh Ali Bachir al-Najafi, s'en est réjoui. « C'est un premier pas, qui, je l'espère, sera suivi par d'autres afin que le pays recouvre son indépendance et sa souveraineté », a-t-il dit à l'AFP. « C'est aussi un véritable test pour juger de l'efficacité des forces irakiennes à assumer la responsabilité de la sécurité. C'est le résultat des efforts énormes des fidèles irakiens et des autorités religieuses », a-t-il ajouté. « Nous considérons que le 30 juin est le vrai début de la souveraineté irakienne », a-t-il encore dit.
Ces dernières semaines ont été marquées par des attentats spectaculaires qui ont fait au moins 200 morts, et le Premier ministre Nouri al-Maliki a accusé les takfiri (sunnites extrémistes) et les baassistes d'en être les auteurs. Pour éviter leur répétition durant ces festivités, les motocycles n'ont pas le droit de circuler, et toutes les permissions pour les policiers et militaires ont été annulées.
Désormais, ce sont les 500 000 policiers et 250 000 militaires irakiens qui prennent en charge la sécurité dans les localités, et seulement un petit nombre de 131 000 soldats américains pourront rester dans les centres urbains comme formateurs et conseillers, alors que le reste sera cantonné dans des camps hors des villes.

