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Liban - La Situation

L’optimisme de Sleiman, l’obsession de Berry et l’exigence de Hariri…

Il est clair que l'interview accordée par Michel Sleiman avant-hier à notre confrère an-Nahar a naturellement autorisé de bien nouvelles et bien inédites grilles de lecture. Ainsi, à l'heure où la plupart des Cassandre, toutes appartenances politiques confondues, prévoient un accouchement difficile, voire interminable, du nouveau cabinet, le chef de l'État, dont le flegme est devenu légendaire (il n'est vraiment pas du genre à ânonner les vœux pieux), s'est déclaré convaincu qu'un gouvernement « tranquille » verra le jour sans délais superflus - un prélude, a-t-il même assuré, à une très belle éclaircie dont le Liban sera le premier bénéficiaire. Une chose est sûre : le chef de l'État, ne s'exprimant jamais à la légère, doit disposer d'informations, de garanties, de déclarations d'intentions, pour se permettre de rassurer à ce point les Libanais.
Mais de la coupe aux lèvres, un temps fou, parfois, peut s'installer. Surtout que l'opération se fera en deux étapes : la désignation du futur n° 3 de l'État d'abord, la formation du cabinet ensuite - et c'est là que les (gros) problèmes pourraient se multiplier, a mis en garde hier le député Ahmad Fatfat.

La communauté internationale est pressée...
Saad Hariri vient de terminer un pèlerinage politique qui l'a emmené de Riyad au Caire, où, à défaut d'une bénédiction ou d'une objurgation en bonne et due forme (la wilayet el-faqih n'a pas d'équivalent, pour l'instant, au sein du sunnisme), le futur Premier ministre pressenti a dû sans aucun doute écouter et entendre attentivement les conseils paternels du souverain wahhabite et du raïs égyptien.
Signalons à ce sujet que des observateurs éminents, cités par notre correspondant au palais Bustros Khalil Fleyhane, notent une insistance certaine de la part de la communauté internationale, particulièrement désireuse de voir un gouvernement libanais naître « le plus vite possible » et « sous la présidence de Saad Hariri ». Un gouvernement fort et solide, à même de traiter le plus sérieusement et le plus efficacement possible avec ce qui va occuper la scène régionale durant de (très) longs mois : la détermination du président américain Barack Obama de relancer l'opération de paix. Surtout que tout le monde est d'accord sur une chose : qu'il ne faut pas, qu'il ne faudrait vraiment pas sous-estimer le rôle que pourrait jouer le petit Liban dans quelque négociation que ce soit avec Israël.

Hariri exige des garanties
De tout cela, Saad Hariri est évidemment et pleinement conscient. Il n'en reste pas moins que les milieux du patron du Courant du futur, à l'unisson avec des sources régionales de très haut niveau, assurent à qui veut bien les écouter que l'héritier de Rafic Hariri ne compte « aucunement » présider une équipe dont une faction conséquente (en l'occurrence les ministres du 8 Mars) n'aura qu'une chose en tête : bloquer l'action du gouvernement et précipiter l'échec personnel de Saad Hariri lui-même. Et ce dernier exige des garanties, sans même pouvoir être sûr qu'elles seront respectées...
En un mot comme en cent, le seul point, pour l'instant, qui fait l'unanimité au sein de l'Alliance du 14 Mars reste le refus catégorique de tout embryon de tiers de blocage. Les prises de position hier étaient unanimes, allant du député de la Békaa-Ouest-Rachaya Ziyad Kadri au député de Tripoli Badr Wannous, en passant par le ministre de l'Information : « La majorité appuie le concept de la participation et du gouvernement consensuel, mais elle n'acceptera en aucun cas le tiers de blocage », a ainsi martelé Tarek Mitri.

Le flou et l'optimisme du 8 Mars
Quant à l'opposition, elle continue d'entretenir un flou finalement pas très artistique : elle n'évoque pas nommément le tiers de blocage (ou « de garantie », selon la terminologie du 8 Mars), mais elle se fait fort, par le biais notamment des déclarations des députés élus Alain Aoun ou Ali Mekdad, de réitérer sa volonté d'imposer ce qu'elle appelle « un véritable partenariat », sans autre forme de détails. Il est à signaler pourtant qu'un certain optimisme semble de mise au sein de l'opposition : le député élu du Hezbollah Ali Fayad a ainsi parlé d'un climat « positif », lié à des « contacts régionaux. Tout dépend du sens des responsabilités des différentes parties libanaises », a-t-il jugé, appelant à œuver afin de « combler les fossés et de se mettre d'accord sur les échéances à venir, à commencer par la formation du gouvernement ». Dans un grand élan de détente (reste à voir si cela se concrétisera au-delà des propos et des mensonges habituels du parti de Dieu), Ali Fayad a même insisté sur la nécessité pour son camp d'entendre ce que la majorité a à proposer à ce sujet « avant que le 8 Mars ne définisse sa position définitive ». Notons enfin que le député élu Émile Rahmé a tenu à dire hier, quelques jours après une déclaration en ce sens du ministre amaliste Mohammad Jawad Khalifé, que les chances de Fouad Siniora de rempiler au Sérail « augmentent ».

L'obsession de Berry
Il n'en reste pas moins que beaucoup de points obscurs pourraient éventuellement se clarifier au cours du très prochain tête-à-tête Berry-Hariri (aucune source, à l'heure de mettre sous presse, n'a pu confirmer la tenue de la reunion hier dans la nuit).
Une réunion qui ne sera pas axée que sur la formation du gouvernement - loin de là. L'élection du président de la Chambre, jeudi, sera au cœur de cet entretien, et Nabih Berry, même certain de se succéder à lui-même, est obsédé par son futur score. Surtout que tout concorde à dire que les députés du Courant du futur, qui se réuniront avec leur chef dans les prochaines 24 heures pour statuer sur ce point, voteront comme ils le souhaitent, et que Saad Hariri ne les forcera pas à réélire celui qui occupe le perchoir depuis quatre interminables mandats. De même pour les élus du PSP : seuls les membres du parti voteront pour Nabih Berry, qui sait d'ores et déjà, malgré des déclarations lénifiantes à l'adresse de sa propre personne aussi bien de Meerab que de Bickfaya, que ni les députés FL, ni les parlementaires Kataëb, ni une grande majorité des élus chrétiens indépendants ne voteront pour lui.
« Les députés Kataëb glisseront un bulletin blanc dans l'urne jeudi. Nous avons mené des batailles électorales sous des slogans et sur base de programmes très précis ; et nous souhaitons être conséquents avec tout cela », a ainsi martelé Amine Gemayel à l'issue d'un entretien avec l'ambassadeur de Belgique, regrettant un manque de consensus au sein du 14 Mars, tout en assurant « comprendre » les différentes motivations des diverses composantes d'une majorité décidément très plurielle.
Une majorité que ses électeurs attendent au tournant - et ils ont bien raison.

Z. M.
Il est clair que l'interview accordée par Michel Sleiman avant-hier à notre confrère an-Nahar a naturellement autorisé de bien nouvelles et bien inédites grilles de lecture. Ainsi, à l'heure où la plupart des Cassandre, toutes appartenances politiques confondues, prévoient un accouchement difficile, voire interminable, du nouveau cabinet, le chef de l'État, dont le flegme est devenu légendaire (il n'est vraiment pas du genre à ânonner les vœux pieux), s'est déclaré convaincu qu'un gouvernement « tranquille » verra le jour sans délais superflus - un prélude, a-t-il même assuré, à une très belle éclaircie dont le Liban sera le premier bénéficiaire. Une...
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