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Liban - Éclairage

Les contestations en Iran auront-elles un impact sur le Hezbollah ?

Certes, le monde entier a les yeux tournés vers l'Iran, mais au Liban, l'intérêt pour les événements de Téhéran revêt un caractère particulier. D'abord parce que les Libanais sont tellement habitués à suivre ce qui se passe dans le monde, ensuite parce que la République islamique d'Iran a une influence directe au Liban en raison de ses liens avec le Hezbollah. Alors que la chaîne télé du parti de Dieu al-Manar avait envoyé une équipe spéciale pour couvrir l'élection iranienne (elle avait été l'un des premiers médias à annoncer la victoire d'Ahmadinejad), les médias de la majorité restaient circonspects, n'accordant pas une grande importance au processus électoral et privilégiant les ténors de l'opposition iranienne. Mais à mesure que la contestation s'amplifiait, le paysage médiatique libanais s'est modifié, al-Manar s'étendait moins sur l'événement alors que les médias de la majorité en faisaient leur une et leur principale information. L'approche libanaise a même été plus loin encore puisque le 14 Mars a publié un communiqué pour appuyer l'opposition iranienne et « condamner la répression », alors que les médias de l'opposition se contentaient de rapporter les principaux développements sans plus de commentaires. En somme, les deux camps politiques libanais ne voient plus les développements régionaux et internationaux qu'à travers le prisme de leurs divergences... Mais l'impact des bouleversements en Iran sur le Hezbollah reste au cœur de l'intérêt des Libanais pour ces événements. Un analyste proche de l'alliance du 14 Mars, qui a requis l'anonymat, estime que les contestations en Iran ne peuvent qu'affaiblir le Hezbollah. D'abord parce que, selon lui, il y a une chance réelle de retour au pouvoir de ceux qui sont considérés comme les réformateurs,  ensuite parce qu'à travers la remise en cause du régime actuel et du rôle du guide suprême, c'est la wilayet el-faqih, concept qui a constitué un enjeu important dans les élections libanaises dans certaines circonscriptions, qui pourrait être écornée. Cet analyste est convaincu qu'une partie de la contestation iranienne porte sur la politique étrangère du président Ahmadinejad et ses liens avec les parties hostiles aux États-Unis et à l'Occident qui ont fait de son pays une cible constante pour Washington et Tel-Aviv. Par conséquent, les développements ont été si loin que tout règlement devrait désormais englober un changement de la politique étrangère de l'Iran et un affaiblissement de l'aile dure qui constitue le principal soutien du Hezbollah. Sans compter le fait que la réduction du pouvoir du wali el-faqih (le guide suprême) ne peut que se répercuter sur ceux qui voient en lui un recours religieux et politique. Sans le dire clairement, l'analyste proche du 14 Mars est convaincu que ce qui se passe actuellement en Iran sert les intérêts des États-Unis et de leurs alliés, et ne peut donc qu'affaiblir le camp adverse, dont le Hezbollah fait partie.
Chercheur en relations internationales et auteur, avec Frédérique Domont, d'un livre sur le Hezbollah, Walid Charara a une thèse assez différente. Selon lui, la contestation iranienne porte sur deux volets : le premier est relatif à la gestion interne du pays, notamment le partage du pouvoir et la politique économique « redistributive », et le second est relatif à la politique étrangère. Dans le premier volet, Moussavi, Karroubi et leurs alliés reprochent à Ahmadinejad sa politique de redistribution des richesses, notamment celles de la manne pétrolière, aux plus démunis. Ils s'inscrivent ainsi dans un ultralibéralisme qui a été sérieusement mis à mal au cours de la crise financière internationale. Au sujet de la politique internationale, le dossier du nucléaire iranien fait l'unanimité en Iran, et les reproches adressés à Ahmadinejad portent sur la forme et sur la nécessité d'adopter une approche politico-diplomatique plus souple, mais ils ne touchent pas au fond du problème. Le second dossier est la gestion des relations diplomatiques et l'alignement de l'Iran sur « les extrémistes ennemis des États-Unis et de l'Occident ». À ces critiques, Ahmadinejad répond que cette politique a entraîné des victoires pour son pays. Il a ainsi réussi à contrer le plan américain pour la région, la Syrie a consolidé sa position, le Hezbollah a résisté face à Israël en 2006 et le Hamas s'est imposé à Gaza. Selon lui, sa politique a établi un nouveau rapport de force dans la région, qui a rendu plus difficile toute attaque militaire contre l'Iran, du propre aveu du général américain William Fallon.
Walid Charara explique aussi que pour l'instant en tout cas, l'image du guide suprême n'a pas été écornée et ses instructions ont malgré tout été suivies puisque depuis son appel de vendredi, il n'y a plus eu de grandes manifestations. Le chercheur est convaincu que si l'on ne peut prédire l'issue du bras de fer interne, une grande majorité des Iraniens reconnaît l'autorité de l'ayatollah Khamenei. Il ne lui semble pas envisageable pour l'instant de remettre en cause les fondements du régime. Or, pour Charara, tant que le guide suprême tient les rênes du pouvoir, il n'y aura aucun changement dans la politique iranienne à l'égard du Hezbollah. Il précise que les événements en Iran rappellent étrangement les « révolutions colorées » appuyées, sinon conçues, par « les professionnels de la déstabilisation » en Occident en Ukraine, en Géorgie, en Serbie et même au Liban. Après le choc des premiers jours, la situation se clarifie peu à peu même pour les Iraniens, qui ne veulent pas un changement total de régime. Selon lui, ce qui peut être envisagé, ce serait donc un gouvernement de coalition ou un nouveau système de partage des pouvoirs, lequel ne devrait pas remettre en cause la relation de l'Iran avec le Hezbollah. Il ajoute que la politique de rapprochement avec l'Occident avait été amorcée sous la présidence de Rafsandjani et qu'elle a été poursuivie par Khatami. On avait alors dit que ce dernier ne voulait plus d'une relation privilégiée avec le Hezbollah, préférant ouvrir des canaux avec toutes les parties libanaises. En réalité, la relation entre le Hezbollah et l'Iran ne s'est pas modifiée, car elle est bien ancrée dans les fondements religieux du régime. Tant que celui-ci continuera à reposer sur le guide suprême, le Hezbollah continuera à avoir sa place privilégiée en Iran...
Certes, le monde entier a les yeux tournés vers l'Iran, mais au Liban, l'intérêt pour les événements de Téhéran revêt un caractère particulier. D'abord parce que les Libanais sont tellement habitués à suivre ce qui se passe dans le monde, ensuite parce que la République islamique d'Iran a une influence directe au Liban en raison de ses liens avec le Hezbollah. Alors que la chaîne télé du parti de Dieu al-Manar avait envoyé une équipe spéciale pour couvrir l'élection iranienne (elle avait été l'un des premiers médias à annoncer la victoire d'Ahmadinejad), les médias de la majorité restaient circonspects, n'accordant pas une grande importance au processus...
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