« Il était clair dès le début que notre objectif n'est pas d'augmenter le nombre de sièges dont nous disposons au Parlement, mais de remporter en tant qu'opposition la majorité des sièges afin que nous puissions mettre en œuvre notre programme de réformes », a indiqué le secrétaire général du Hezbollah, avant de nier en bloc les rumeurs qui ont circulé et qui avaient laissé entendre que « le Hezbollah ne désirait pas remporter la bataille électorale parce qu'il avait peur des conséquences de cette victoire ». « Je ne vous cache pas que nous nous étions préparés à cette victoire parce qu'elle aurait entraîné d'importantes responsabilités », a-t-il souligné sur ce plan.
Le deuxième grand titre de cette intervention, a indiqué le chef du Hezb, s'articule autour du discours « médiatique et politique » parce que « l'autre partie a lancé une campagne comportant d'importantes accusations ». Pour Hassan Nasrallah, le camp adverse ne s'est pas empêché de « mentir, de tenir des propos diffamatoires, alors que nous n'avons pas agi de la sorte parce que nous sommes tenus par une certaine ligne de conduite du fait de notre engagement religieux et moral ». Citant certains « mensonges » qui ont circulé durant la campagne électorale, il a cité « le gouvernement des trois tiers et le raccourcissement du mandat du président de la République ».
Hassan Nasrallah a ainsi clairement et fermement indiqué « le communiqué publié par le patriarche maronite Nasrallah Sfeir à la veille des élections qui, paraît-il, a été retiré par la suite, mais qui effectivement a été publié et qui a été axé sur la menace de l'entité et du changement de l'identité du Liban ». « J'avoue ne pas avoir compris en tant que citoyen libanais comment la victoire de l'opposition aurait été susceptible de changer l'identité du Liban et son entité. Je note au passage que Sa Béatitude siège au patriarcat depuis les années 80 et je ne l'ai jamais entendu dire que l'entité libanaise était menacée avec tout ce qu'Israël a commis comme méfaits. Les propos de (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu ne méritent-ils pas que le patriarche se montre inquiet ? »
Et de poursuivre : « Dans son discours, le patriarche aborde l'identité arabe du Liban et affirme qu'elle est menacée. Nous autres, au sein de l'opposition, sommes-nous arabes ou non ? S'il insinuait la Syrie, la Syrie est arabe. Et si le Liban entretient des relations privilégiées avec la Syrie ou avec n'importe quel autre pays, est-ce que cela signifie que cette relation entretient le visage arabe plus qu'une autre ? Peut-être que c'est l'Iran qui était désigné (...) et dans ce cas, le fondateur de la République islamique est arabe. Nous exigeons une explication du patriarche sur la manière dont la victoire de l'opposition menaçait l'identité arabe du Liban, et à ce moment nous ferons un certain nombre de propositions pour renforcer le visage arabe du pays et nous demanderons à Sa Béatitude de les appuyer. »
Le cas de Zahlé
S'attardant d'autre part sur la notion de wilayet el-fakih, Hassan Nasrallah a indiqué qu'il est « permis de parler de la relation du Hezbollah avec la Syrie et l'Iran. Cela en soit ne constitue pas un problème car ces propos sont politiques. Mais je souligne ici les dispositions de la Constitution libanaise qui protège la liberté de croyance. Partant de là, personne n'a le droit d'offenser les croyances religieuses d'autrui, même s'il ne les partage pas. La wilayet el-fakih concerne notre croyance, et le fait de s'y attaquer offense notre religion (...) Je demande en toute politesse à tous les médias de ne plus attaquer notre religion (...) ».
Se prononçant par ailleurs sur les récents événements en Iran, il a « conseillé » aux membres de l'alliance du 14 Mars de « s'abstenir » de les commenter car ils ne sont pas « assez cultivés » pour le faire.
Revenant sur le nombre d'émigrés qui sont venus au Liban pour voter le 7 juin, il a commencé par indiquer que « le vote des émigrés, même ceux qui ne se sont pas rendus au Liban depuis 50 ans, est un droit et nous ne le nions pas (...) mais ce qui est clair, c'est que des dizaines de milliers d'émigrés ont été ramenés au pays, et plus précisément à Zahlé, ce qui a changé l'équation, et sans cela, nous aurions au moins obtenu un 64-64 ».
Citant des informations parues dans la revue américaine Newsweek, il a indiqué que le chiffre publié par cette revue - 750 millions de dollars - pour la campagne de la majorité était un vrai chiffre. « À Zahlé, il y a des témoins qui ont vu le prix d'une voix monter à plus de deux mille dollars au fur et à mesure que l'heure de la fermeture des bureaux de vote approchait. Cela est-il de nature à exprimer la volonté des Libanais ? Au contraire, cela est de nature à changer les résultats sur le plan de la représentativité légale, et nous suivrons cette affaire par le biais de la procédure légale. »
Les chiites et les Arméniens
L'autre point développé par Hassan Nasrallah lors de son intervention fleuve d'hier soir est « l'incitation confessionnelle, religieuse et ethnique qui a commencé avant les élections et qui se poursuit encore aujourd'hui». Cela est « plus grave que l'argent politique et l'inégalité des chances », a-t-il indiqué, car « cela ouvre des plaies historiques ». « Les deux composantes de la société qui ont été la cible de ces incitations sont les chiites et les Arméniens », a-t-il ainsi précisé, avant de relever que les Arméniens ont été libanisés il y a 100 ans de cela et « il est honteux de distinguer entre les différentes origines ethniques » des Libanais. Concernant les chiites, il a nié la victoire du « bloc chiite », rappelant que cette communauté a été marginalisée durant de longues années et qu'elle croit fermement « en la diversité libanaise et en sa spécificité ». « Il n'y a pas de bloc » chiite, a-t-il aussi ajouté, relevant qu'à l'instar de toutes les communautés, les chiites se sont entretués puis ont formé un tronc commun aujourd'hui.
« Il est sympathique pour nous d'entendre que les armes de la Résistance sont hors du débat et uniquement discutables dans le cadre du dialogue national. Nous souhaitons que ce discours rassurant se poursuive (...) À tous ceux qui demandent des garanties à la Résistance, nous leur disons : vous, la base populaire de la Résistance, constituez notre garantie », a noté le secrétaire général du Hezb.
Il est de plus revenu sur les sondages d'opinions sur lesquels l'opposition s'est basée peu avant les élections, affirmant que ces sondages n'ont pas pris en compte les émigrés et que c'est cet élément qui a provoqué la déception de l'opposition.

