Il s'est classé deuxième derrière le parti chrétien-démocrate du Premier ministre Jan Peter Balkenende (19,9 %) et enverra quatre des 25 députés néerlandais au Parlement de Strasbourg.
Le « grand gagnant », comme l'appelaient hier tous les quotidiens néerlandais, est arrivé en tête à Rotterdam, deuxième ville du pays et fief de Pim Fortuyn, assassiné en 2002 par un activiste de la cause animale à quelques jours des élections législatives qu'il était sur le point de remporter. Geert Wilders, 45 ans, « peut tout à fait être considéré comme son successeur », estime Alfred Pijpers, chercheur à l'Institut néerlandais de relations internationales Clingendael.
« Il essaie de jouer sur les mêmes thèmes que le leader populiste assassiné et se revendique comme lui d'une idéologie fasciste anti-islam », souligne M. Pijpers.
Le député profite également de la « volatilité d'un cinquième environ de l'électorat néerlandais, qui passe de gauche à droite sans adhérer à des points programmatiques spécifiques », selon le chercheur. « Geert Wilders domine cet électorat pour le moment, mais s'il se retire de la politique, un autre populiste essaiera probablement de s'en emparer », relève M. Pijpers.
En outre, « dans tous les pays d'Europe, 10 à 20 % de voix potentielles sont dirigées vers un homme d'extrême droite, populiste, qui a un langage simpliste, voire caricatural », explique Fouad Laroui. Cette frange de la population, « qui ne comprend rien au monde tel qu'il est mais se sent menacée, vote pour des gens comme Geert Wilders pour faire l'économie d'une réflexion dont elle est d'ailleurs incapable sur l'économie, la sociologie du pays, la politique et la mondialisation », selon lui. Malgré son succès aux européennes, le risque est pourtant faible de voir un jour le PVV arriver au pouvoir, estime Alfred Pijpers. Selon des sondages récents, le parti, qui avait obtenu 9 des 150 sièges à la Chambre basse du Parlement pour sa première participation aux législatives en 2006, pourrait en devenir le premier parti avec plus de 30 sièges sur 150. « Geert Wilders renforce paradoxalement la cohésion entre les partis établis, actuellement membres de la coalition gouvernementale », explique M. Pijpers. « Et ces partis ont tiré les leçons du passé, lorsqu'ils avaient gouverné avec le parti de Pim Fortuyn, très peu professionnel et instable » pendant quelques mois. « Même si le PVV obtient 25 à 30 % des voix, il n'entrera pas au gouvernement: les autres partis maintiendront un cordon sanitaire », assure le chercheur.

