« Je ne céderai pas, je ne partirai pas, je vais continuer mon travail », a affirmé le chef du gouvernement, d'une voix légèrement tremblante, lors d'une conférence de presse. Il a reconnu que la crise actuelle, accélérée par le récent scandale retentissant des notes des frais des députés, « mettait à l'épreuve les nerfs de tout le monde - les miens, ceux du gouvernement, du pays ». Commentant les résultats des élections locales et européennes qui se sont tenues jeudi au Royaume-Uni, M. Brown a concédé une « défaite douloureuse » du Labour, avant même que la totalité des résultats soient connus.
Ce remaniement, annoncé ces derniers jours comme majeur, a finalement débouché sur peu de changements. Alan Johnson, jusqu'alors ministre de la Santé, a été promu à l'Intérieur en remplacement de Jacqui Smith. M. Johnson est considéré comme l'un des successeurs potentiels de M. Brown à la tête du Labour, et cette promotion est considérée par nombre d'analystes comme une façon de neutraliser ce rival potentiel. Bob Ainsworth succède à la Défense à John Hutton, proche de l'ancien Premier ministre Tony Blair, qui a décidé de se retirer de la vie politique pour se consacrer à sa famille.
Ce remaniement intervient après une cascade de démissions de ministres ces derniers jours, huit au total. Hier, le ministre de la Défense John Hutton annonçait qu'il quittait le gouvernement, suivi quelques heures plus tard du ministre des Transports Geoff Hoon.
La veille au soir, c'est le ministre de Travail James Purnell qui avait fait sensation en annonçant qu'il quittait le gouvernement, mais surtout en devenant le premier ministre à défier directement M. Brown d'en faire de même.
Dernier rebondissement d'une journée qui n'en a pas manqué : la secrétaire d'État à l'Europe, Caroline Flint, qui assurait encore Brown de son soutien la veille, a finalement elle aussi démissionné hier. Elle a accompagné son geste d'une lettre virulente dans laquelle elle reproche à M. Brown de l'avoir considérée comme une femme potiche « faisant tapisserie » au sein du gouvernement.
Le dirigeant de l'opposition conservatrice David Cameron, dont le parti devrait sortir grand gagnant du scrutin, s'est dit peu impressionné par ce remaniement. Il a une nouvelle fois réclamé des élections générales anticipées. L'annonce de la nouvelle équipe gouvernementale survient alors que le Labour devrait sauf surprise subir la déroute aux élections locales que lui prédisaient tous les sondages.
Le Labour a ainsi cédé à l'opposition conservatrice le conseil régional du Derbyshire (nord de l'Angleterre), un fief travailliste considéré comme un des grands baromètres de ces élections pour le parti de Gordon Brown. Les élections locales et européennes de jeudi représentent pour le gouvernement le premier test depuis le scandale des notes de frais excessives des députés et ministres, qui a entraîné une cascade de démissions aux Communes et au gouvernement, et menace désormais le sommet du pouvoir.
L'implosion de l'actuel gouvernement a redonné de la voix aux députés travaillistes « rebelles », qui ont fait circuler une pétition électronique pour tenter de forcer Brown à quitter son poste, selon la presse. Ils espèrent obtenir les 70 voix nécessaires à provoquer un débat et un vote au sein du parti.

