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Législatives : juin 2009 - Tout le monde en parle

Peur de la défaite et peur de la victoire

Drôle de scrutin que celui de ce 7 juin 2009. Drôle de scrutin car si la peur est bien dans les deux camps, ce n'est pourtant pas la même peur, les deux adversaires n'ayant pas les mêmes raisons d'avoir peur.
En effet, alors que le Courant du futur panique à l'idée de perdre ces élections, son principal rival, le Hezbollah, semble, lui, paniquer à l'idée qu'il pourrait les gagner.
Paradoxal, dira-t-on. Pourtant, le paradoxe n'est qu'apparent. Car de fait, le Hezbollah n'a rien à gagner à remporter ces élections haut la main. Une victoire claire de l'opposition le placerait en effet dans l'inconfortable position d'avoir à gérer un État ingérable et à gouverner une société ingouvernable. S'il décidait alors de gouverner directement, il cristallisera contre lui une bonne partie de la population qui l'accusera de préparer sinon la wilayet al-faqih, du moins l'hégémonie d'une communauté sur les autres. Après le maronitisme politique, puis le sunnisme politique, voici venu, dira-t-on, le chiisme politique. D'un autre côté, si l'opposition ayant remporté les élections le Hezbollah décidait de laisser ses divers alliés récolter les honneurs, ceindre la couronne de lauriers, rafler les portefeuilles ministériels et gouverner alors qu'il resterait en retrait, il courra le risque, vu l'absence de probité et d'aptitude à gouverner chez bon nombre de ses alliés, de voir leur incurie et leurs excès déteindre sur lui. Ce qui, à terme, mettra à mal leur alliance. Dans les deux cas de figure, le Hezbollah n'a donc rien à gagner à ce que l'opposition d'aujourd'hui soit demain la majorité. Une telle éventualité doit même lui faire peur.
Cela posé, le Hezbollah n'en cherche pas moins, à travers ces élections, à atteindre un objectif stratégique, à savoir faire perdre au Courant du futur sa présente majorité. La véritable victoire électorale du Hezbollah serait là : elle serait dans un Parlement où le 14 Mars n'aurait plus la majorité absolue, mais où le 8 Mars n'en aurait pas une non plus. Une sorte de hung parliament, comme disent les Anglais, où les élus appartenant aux petits blocs parlementaires (les députés proches du président Sleiman, par exemple) feraient la différence et permettraient, par un jeu d'alliances, à l'un ou l'autre camp de gouverner cahin-caha tandis que le Hezbollah garderait les mains libres pour continuer à faire ce qu'il fait le mieux : le travail de terrain, dans ses régions, au sein de sa communauté.
Il est peu probable, en effet, que le secrétaire général du Hezbollah cherche, comme d'autres l'ont fait avant lui, à dépasser le cadre de sa communauté pour imposer sa vision particulière du Liban aux autres communautés. Hassan Nasrallah sait que ce n'est pas en tant que leader druze que Kamal Joumblatt fut assassiné, mais en tant que leader du Mouvement national ; il sait que ce n'est pas en tant que leader maronite et chrétien que Béchir Gemayel fut assassiné, mais en tant que président élu de la République libanaise ; il sait que ce n'est pas en tant que leader sunnite que Rafic Hariri fut assassiné, mais en tant que leader d'envergure nationale, voire internationale. Il sait aussi ce qui s'était passé quand, dans les années 70, le Mouvement national et l'OLP avaient voulu envahir les régions chrétiennes et quand, un peu plus tard, les Forces libanaises chrétiennes avaient occupé la Montagne druze et le Sud chiite. Hassan Nasrallah sait tout cela, comme il sait que dans ce beau pays, le jour où Dieu décide de rappeler quelqu'un à Lui, il est immanquablement inhumé au sein de la communauté dont il est issu, et ce même s'il se définissait comme Libanais, laïc, voire athée. Retour à l'envoyeur, en quelque sorte.
C'est sans doute parce qu'il sait tout cela - parce qu'il sait jusqu'où ne pas aller avec les autres communautés -,  que le secrétaire général du Hezbollah avait ordonné le retrait immédiat de ses miliciens de toutes les zones « conquises » à Beyrouth-Ouest et dans la Montagne après les combats interlibanais du 7 mai 2008. Car ce jour-là, ce qui était encore plus frappant que la victoire militaire éclair du Hezbollah, c'était bien son retrait tout aussi rapide de toutes ces régions qui ne sont pas - naturellement, dirions-nous - siennes.  Ce jour-là, Nasrallah dut avoir encore plus peur de la victoire que d'une éventuelle défaite et il est à parier que cette même peur de la victoire l'habitera tout au long du scrutin du 7 juin.
En effet, alors que le Courant du futur panique à l'idée de perdre ces élections, son principal rival, le Hezbollah, semble, lui, paniquer à l'idée qu'il pourrait les gagner. Paradoxal, dira-t-on. Pourtant, le paradoxe n'est qu'apparent. Car de fait, le Hezbollah n'a rien à gagner à remporter ces élections haut la main. Une victoire claire de l'opposition le placerait en effet dans l'inconfortable position d'avoir à gérer un État ingérable et à gouverner une société ingouvernable. S'il décidait alors de gouverner directement, il cristallisera contre lui une bonne partie de la population qui l'accusera de préparer sinon la wilayet al-faqih, du moins l'hégémonie d'une communauté sur les autres....