Cela dit, ce sont les aspects négatifs qui invitent à la réflexion. Certains articles ont déjà évoqué dans ce journal plusieurs conséquences. M. Morus (18 juin 2009) et M. Courban (20 juin 2009) ont bien interprété le choix d'une large partie des électeurs : c'est surtout un non au programme du 8 Mars. Soulignons ici le fait que le 14 Mars a déçu une grande partie des jeunes manifestants descendus dans les rues après l'assassinat de Hariri. Les querelles qui ont marqué la formation des listes de candidatures au sein du 14 Mars n'ont nullement contribué à améliorer l'image de certains dirigeants de cette majorité. M. Nassib Lahoud a bien reflété l'amertume d'une large partie du public de la place des Martyrs face à ce bazar en prévalant les valeurs de principe et l'éthique politique tout en évitant de nuire à ses alliés. C'est une déception pour le 14 Mars et un handicap pour le nouveau Parlement de ne pas compter M. Lahoud parmi les élus ; l'absence aussi du président Husseini, de MM. Ahdab, Souhaid, Obeid et d'autres prive l'Assemblée d'une diversité d'opinions favorable à un dialogue approfondi sur l'avenir de notre patrie.
Le caractère communautaire et tribal a eu le dessus dans le comportement des électeurs (dans les deux camps) : les citoyens étaient minoritaires et leurs votes plutôt symboliques.
Les antagonistes des deux camps en sont encore à faire le bilan et à tirer les conclusions après avoir entendu la vox populi. L'inquiétant est cette reconnaissance du bout des lèvres des résultats et de leurs implications. Le discours préélectoral reprend comme si de rien n'était, avec quelques modifications pour la forme, mais avec le maintien d'une volonté déterminée à faire échouer l'autre, sans considération de l'intérêt national ni de la conjoncture internationale et régionale favorable à une reconstruction et une modernisation du pays et de son système.
Ainsi, nous sommes devant de nouvelles conceptions du genre majorité populaire distincte de celle des suffrages. Un choix surtout politique et étatique est élevé au niveau de doctrine de croyance. Le Dr Saoud el-Maoula s'est courageusement livré, dans son interview à L'Orient-Le Jour, à une analyse objective de la wilayet al-faqih, avec une argumentation solide sur ce sujet qui relève du théologique, avant de lui attacher des fonctions politiques dans les circonstances compliquées de l'Iran postrévolutionnaire.
La nature du débat fait que les postulats de la foi ainsi que les dignitaires religieux deviennent sujets ou objets de polémiques de nature profane et spatio-temporelle, avec une fonction politique et même politicienne menaçant de faire échouer la perspective d'un dialogue sérieux et nécessaire pour sortir du cercle infernal du système confessionnel moyenâgeux.
La liberté, la diversité et la démocratie, ces valeurs qui sont la raison d'être du Liban, sont en danger. Serions-nous bientôt forcés de nous exprimer uniquement par parabole ? Les frères Karamazov de Dostoïevski est une mise en garde qui demeure malheureusement valable, dans sa parabole célèbre du Christ qui revient à Séville, au temps de l'Inquisition, et se retrouve confronté au grand inquisiteur.
« L'histoire de l'Inquisition est l'illustration du drame qui menace les hommes chaque fois qu'une liaison organique s'établit entre l'État et l'Église », a écrit l'historien Bartolomé Bennassar.
La conférence de presse tenue par des ministres concernés et le comité du Festival de Beiteddine fut l'expression du refus de cette nouvelle forme d'inquisition culturelle. Mais quel dommage que le ministère des Affaires étrangères n'y ait pas participé. Après tout, cette affaire concerne quand même l'image du Liban à l'étranger.
Les appels lancés à la suite de l'affaire Gad Elmaleh sont les bienvenus, mais c'est la voix de tous les Libanais, et pas uniquement celle des chiites, qui est indispensable pour empêcher toute sorte d'inquisition de violer notre droit à faire nos propres choix.


Aoun appelle l'UE et le Canada à « faire pression sur Israël » pour le contraindre à respecter le cessez-le-feu