« La communauté catholique, ici, est profondément touchée par les difficultés et les incertitudes qui affectent tous les peuples du Moyen-Orient », a déclaré le souverain pontife pendant son homélie. Il a ainsi dédié cette étape de son voyage à la communauté catholique de plus en plus minoritaire dans les pays arabes et en Israël, et salué la bravoure de ces chrétiens : « La fidélité à vos racines chrétiennes, la fidélité à la mission de l'Église en Terre sainte réclament à chacun de vous un courage singulier », a-t-il dit à la foule de fidèles. Il a ensuite laissé chaque peuple libre de se reconnaître dans ses propos en saluant « la solidarité avec les pauvres, les personnes déplacées et les victimes des grandes tragédies humaines ».
Dédicace aux femmes et aux jeunes
Le pape a adressé un message spécial aux jeunes ainsi qu'aux femmes de la région. Aux premiers, il a dit : « Jésus a besoin de vous pour faire entendre sa voix et travailler à la croissance de son royaume. » Il a ensuite rendu hommage aux « fortes familles chrétiennes de ces contrées », avant de parler directement des femmes : « Qui peut dire ce que votre société doit à toutes ces femmes qui, de différentes et parfois de très courageuses manières, ont consacré leur vie à construire la paix et à promouvoir l'amour ! » Benoît XVI, qui s'oppose à l'accession des femmes à la fonction de prêtre, a pourtant reconnu leur « charisme prophétique », reprenant l'expression de son prédécesseur Jean-Paul II.
Le pape s'exprimait en anglais, et une grande partie du public ne comprenait pas cette langue. Qu'à cela ne tienne : les « chauffeurs de salle » étaient là, courant d'un gradin à l'autre pour encourager les fidèles à applaudir et acclamer le pape, surtout lors des moments forts de la célébration ; une chanson spéciale avait également été composée pour l'occasion, avec un refrain facile à reprendre en chœur.
Ne pas comprendre l'homélie n'est pas un problème pour Munzer, venu avec sa femme et sa fille d'un petit village mixte, chrétien et musulman, au nord de la capitale : pour lui, l'important est d'apercevoir le pape. « C'est le représentant de Jésus sur terre, explique-t-il. Il faut avoir vu ça au moins une fois dans sa vie. » Son épouse ajoute : « Moi, je sais qu'il est venu dire qu'il soutient les chrétiens de Jordanie, et nous en avons besoin parce que nous sommes minoritaires. Donc nous sommes venus le remercier de ne pas nous oublier. »
Des pélerins de toutes les régions
De nombreux chrétiens sont venus d'autres pays arabes, notamment en bus et en voiture, pour assister à la messe. Plusieurs grands groupes de Libanais étaient particulièrement visibles. « Ça ne vaut pas la visite de Jean-Paul II chez nous, dit Christelle, qui est venue en bus avec des membres de sa paroisse. Mais il y a un autre charme : ici, on suit le pape sur les traces de Jésus. »
Le stade regorgeait de drapeaux de différentes nationalités, pas seulement arabes. Clemens, par exemple, est venu d'Allemagne avec un groupe de jeunesse chrétien. « Nous sommes là pour montrer au pape que nous chrétiens l'encourageons et le soutenons dans ses démarches, dit-il. Mais nous sommes ici aussi pour montrer aux chrétiens de la région qu'ils ne sont pas seuls. » Une grande partie des gradins était remplie de travailleuses immigrées philippines ou sri-lankaises, qui constituent une importante population chrétienne en Jordanie, raremement recensée.
Au milieu d'un groupe de Libanais et de Syriens en liesse, se distinguent une femme et ses deux fils qui brandissent fièrement un drapeau irakien. Wafaa, la mère, ne cache pas sa joie d'être entourée par d'autres chrétiens. « On nous a tout pris, explique-t-elle. Ils nous ont pris notre pays, nos maisons, nos maris. Nous vivons depuis plus de dix dans des camps. Nous n'avons plus vraiment de pays, alors nous sommes contents de retrouver une communauté ici avec tous ces autres chrétiens. » Wafaa et ses deux fils se disent heureux de la visite du pape, mais elle voudrait surtout qu'il entende son message de détresse - le sien et celui de son peuple. « Nous, les chaldéens, nous sommes l'Église la plus vieille du monde. Et là, on nous chasse et on nous tue, et on reçoit un peu d'aide, mais pas assez. Nous attendons beaucoup de Benoît XVI pour nous sortir de là. »

