Pour beaucoup de Libanais, le 7 mai 2005 était porteur d'espoir et l'accueil populaire réservé au général Aoun en était l'expression. Mais dès son retour sur le sol national, Aoun a marqué sa différence. Il a très vite relevé le fait qu'aucune personnalité du 14 Mars ne s'était déplacée pour l'accueillir, tout comme aucun membre de la famille Hariri n'était présent lorsqu'il s'est recueilli sur la tombe du Premier ministre assassiné. Selon Aoun, les piliers du 14 Mars, qui en étaient encore à conclure l'accord quadripartite avec Amal et le Hezbollah, avaient tout tenté pour retarder son retour, tant ils craignaient son impact sur les élections. De fait, Aoun a mené seul la bataille électorale et il l'a remportée de façon spectaculaire. Depuis, de violentes diatribes ont été échangées entre lui et les piliers du 14 Mars. Aoun a définitivement choisi son camp, celui de la Syrie et de l'Iran, disent ses détracteurs, celui du changement, du dialogue et de l'ouverture, disent ses proches. Avec la signature du document d'entente avec le Hezbollah, Aoun a divorcé d'avec le 14 Mars, devenant ainsi une cible constante et un véritable problème pour ce camp. Ses partisans affirment que la démarche du général était claire : il a fait un pari sur la libanité du Hezbollah en partant du fait qu'en sa qualité de représentant d'une grande partie de la communauté chiite, il ne faut pas l'exclure car ce serait le radicaliser. Il estime avoir sauvé la paix civile en l'appuyant au cours de l'été 2006, car pris entre le feu israélien et un éventuel rejet interne, les chiites auraient pu se retourner contre une partie des Libanais. Deux ans plus tard, c'est, toujours selon ses partisans, le document d'entente avec le Hezbollah qui a évité les problèmes dans les régions chrétiennes au cours et avant le 7 mai 2008.
Si, comme le disent ses détracteurs, la popularité de Aoun a baissé après la signature de ce document d'entente, mal perçu par certains milieux chrétiens, il n'en reste pas moins un des principaux acteurs des élections législatives qui doivent se dérouler le 7 juin. C'est lui qui mène les batailles les plus importantes, n'hésitant pas à affronter des « dinosaures » politiques, comme l'ancien vice-président du Conseil Michel Murr et le président de la Chambre Nabih Berry (à Jezzine). Selon ses partisans, il aura un grand bloc parlementaire, mais c'est après les élections qu'il devra relever de grands défis : saura-t-il être une force de changement et de réforme, comme il l'annonce dans son programme électoral ? Ses proches affirment qu'avec son équipe, il a déjà préparé sept projets de lois prêts à être soumis au nouveau Parlement. Son second défi sera de transformer le CPL en véritable parti structuré. Mais c'est là une autre histoire. Le 7 mai 2008, un nouveau paysage politique a émergé. Pour les habitants de certains quartiers de Beyrouth, la blessure saigne encore et nombreux sont ceux qui croient que le Hezbollah a été discrédité par cet événement qui l'a transformé de résistance en milice. Le Hezbollah a répliqué en rappelant qu'il s'est contenté de réagir à la volonté de l'éliminer et il a voulu mettre un terme à une guerre d'usure, avec ses « quartiers dangereux » et ses « lignes de démarcation ». Ce qu'il faut, dit-il, retenir de ce 7 mai-là, c'est qu'il a permis un déblocage de la situation et il a servi d'entrée en matière à l'accord de Doha dont les effets sont encore en vigueur aujourd'hui. Preuve en est que les discours prononcés à cette occasion ont été marqués par une certaine modération et les événements du 7 mai 2008 ne sont pas vraiment exploités dans la campagne électorale. Est-ce un prélude à ce qu'on appelle le repositionnement de l'après-élections ? La situation mérite réflexion.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine