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Liban - Éclairage

Trois approches du 7 juin, et autant de contradictions intestines

Un observateur averti dénote, chez les professionnels du cru, des approches contradictoires sur la façon de voir et d'aborder les législatives. Sur leur portée politique, en somme. Il souligne que, dans ce cadre, les leaderships opposants se montrent, malgré quelques couacs, plus cohérents et mieux unis que leurs vis-à-vis loyalistes.
Au milieu coule une rivière : pour le président Michel Sleiman, les élections du 7 juin doivent être comprises comme une chance nationale d'engager un vaste chantier de réformes. Sur tous les plans, mais particulièrement au sein de l'État. Un effort de redressement d'autant plus prioritaire qu'il serait unificateur et permettrait de dissiper largement les conflits ambiants. Devant la table ronde de dialogue, le président a mis l'accent sur les mesures de sécurité pour les élections, ainsi que sur la nécessité d'effectuer les nominations y relatives, appelant toutes les parties à la retenue, au calme, au fair-play et à de saines pratiques démocratiques. Il répète devant ses visiteurs que tous les protagonistes devraient, après les élections, se soumettre de bonne volonté au verdict des urnes. De son côté, le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, annonce un plan de sécurité mobilisant 50 000 hommes pour le 7 juin, tandis que le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, supervisera les opérations à partir d'une salle de dispatching spéciale.
Mais les loyalistes estiment pour leur part que le pays est déchiré non par de simples différends cumulés, mais par un clivage frontal idéologique, dont il ne peut se dégager qu'en tranchant entre les deux projets qui lui sont proposés. En d'autres termes, c'est là que se situe la priorité nationale, à leurs yeux.
Les élections sont donc cruciales, répètent-ils. Elles conditionnent les libertés, la démocratie, l'indépendance, la souveraineté, la neutralité par rapport à la lutte des axes. Ainsi que l'autorité d'un État de droit et des institutions, seul maître du territoire national dans sa totalité, sans plus d'îlots réservés. Un État maître de la décision de guerre ou de paix, comme de la violence légale, c'est-à-dire seul armé. Un État qui sortirait enfin, en cas de victoire du 14 Mars, de l'anarchie chronique qui le paralyse à tous les niveaux, du fait de l'obstructionnisme des prosyriens.
Ces derniers soutiennent que les élections ne sont qu'ordinaires, qu'elles ne vont rien changer au fond. Car, réclament-ils, il faut maintenir la formule Doha en installant de nouveau, après le scrutin, un cabinet dit d'union nationale avec tiers de blocage pour eux, s'ils restent minoritaires à la Chambre.
Donc, trois façons différentes de lire l'échéance et, par conséquent, de la traiter en pratique. C'est ainsi que les centristes proches de Baabda affirment maintenant préférer ne pas rejoindre les listes loyalistes et former leurs propres attelages. Ce qui ne les empêche pas de solliciter l'aide électorale du 14 Mars là où il n'a pas de candidats propres. Certains de ces indépendants indiquent en privé que, malgré la jonction sur les constantes nationales, ils ne sont pas en mesure de s'allier avec les majoritaires car, affirment-ils, cela porterait préjudice au régime. Une façon d'avouer que l'intimidation du Hezbollah ou autre a porté ses fruits. Notamment à Jbeil, où la coalition avec Farès Souhaid, candidat fort du 14 Mars a été court-circuitée. Mais Michel Aoun continue à tirer à boulets rouges sur Baabda et sur les centristes, qu'il taxe de groupe artificiel.
Pour ce qui est des loyalistes, il devient clair que l'attachement aux principes de la révolution du Cèdre, qu'ils continuent à claironner, s'avère plutôt friable. Leurs actes, leur comportement, démentent leurs propos. Ils appréhendent en effet les élections comme un moyen de cultiver des intérêts politiques particuliers. Une échéance des plus ordinaires donc, et non cruciale comme ils l'affirment. Le 14 Mars n'a pas hésité à larguer, dans des bazars discutables, de fortes figures symboliques personnalisant les principes nationaux. Pratiquement occultés, du reste, dans cette campagne électorale libaniste qu'ils auraient dû dominer. Les rivalités entre pôles et partis ont retardé, sinon entravé, la proclamation de listes unifiées. Cependant, la majorité va tenir des assises élargies à la mi-mai, au BIEL, pour lancer la deuxième partie de sa campagne.
En définitive, et assez bizarrement, c'est plutôt le 8 Mars qui agit comme si les élections étaient cruciales. Il mobilise en effet toutes ses forces dans la bataille. Et quand deux de ses composantes entrent en conflit de sièges, çà ou là, c'est une troisième qui les concilie, en sacrifiant parfois son propre quota. C'est ce que le Hezbollah a fait pour Beyrouth, la Békaa ou Baabda quand un différend a éclaté entre Amal et les aounistes. Pour parfaire l'inversion des rôles et des approches entre loyalistes et opposants, ces derniers reconnaissent désormais en privé que l'avenir du pays politique sortira des urnes. Ajoutant, sans crainte de se contredire, que le Liban d'après le 7 juin ne sera plus du tout le Liban d'avant, en cas de victoire du 8 Mars. Ce qui est sans doute une façon d'indiquer que, du moment que les majoritaires refusent d'avance la proposition, il n'y aurait pas ensuite de cabinet panaché.
Toujours est-il que, pour gagner, les prosyriens ont surtout besoin de faire gagner le général Aoun dans ses terres, car ce sont ses députés qui vont, éventuellement, faire la différence (numérique) au Parlement. Toute la bataille tourne autour de ses performances en pays chrétien, les résultats dans les autres régions étant, à quelques incertitudes près, connus d'avance. Le Hezbollah laisse dorénavant entendre que l'enjeu est capital à ses yeux, car il doit être en position de force, en cas de développements surprises dans la région.
Un observateur averti dénote, chez les professionnels du cru, des approches contradictoires sur la façon de voir et d'aborder les législatives. Sur leur portée politique, en somme. Il souligne que, dans ce cadre, les leaderships opposants se montrent, malgré quelques couacs, plus cohérents et mieux unis que leurs vis-à-vis loyalistes.Au milieu coule une rivière : pour le président Michel Sleiman, les élections du 7 juin doivent être comprises comme une chance nationale d'engager un vaste chantier de réformes. Sur tous les plans, mais particulièrement au sein de l'État. Un effort de redressement d'autant plus prioritaire qu'il serait unificateur et permettrait de dissiper largement les conflits ambiants. Devant la table ronde de dialogue,...
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