Depuis la victoire d'office du député Hagop Pakradounian, le camp du 14 Mars s'étant abstenu de désigner un candidat pour ce siège, les Arméniens, et plus particulièrement le Tachnag, sont dans une position difficile. En respectant sa part de l'engagement qui consistait à demander à ses alliés de laisser une place vide pour le candidat du Tachnag moyennant les voix de ce parti pour sa propre candidature, Michel Murr a jeté la balle dans le camp des Arméniens. Le Tachnag se voit désormais contraint de demander à ses électeurs de barrer le nom d'un candidat grec-orthodoxe sur la liste dans laquelle il se présente. Ce qui est loin de plaire à ses alliés. Selon le même candidat indépendant, le général Michel Aoun multiplie les marques de sympathie à l'égard du Tachnag, mais en contrepartie, il espère bien pousser ce dernier à voter pour les deux candidats grecs-orthodoxes de sa liste, estimant qu'il est impossible d'être dans un camp et d'aider un candidat adverse. L'enjeu est d'autant plus important que, selon plusieurs études statistiques, l'élection de l'ancien vice-président du Conseil pourrait dépendre des voix des Arméniens. En tout cas, ceux-ci ont un poids déterminant sur l'issue des élections dans la circonscription du Metn. Tiraillé entre son allié officiel Michel Aoun et « son compagnon de longue date » Michel Murr, le Tachnag est donc dans une position inconfortable.
La seconde grande inconnue du Metn est le sort des candidatures de plusieurs indépendants, dont l'ancien commandant en chef des Forces libanaises Fouad Abou Nader, l'ancien membre du bureau politique Kataëb Georges Kassis, le frère de l'ancien chef des Kataëb, Wadih el-Hajj, et Émile Kanaan. Si elles devaient s'allier pour former une troisième liste indépendante, ces personnalités pourraient mettre en difficulté l'alliance 14 Mars-Michel Murr, notamment en grignotant des voix Kataëb. Comme la bataille s'annonce assez serrée, chaque voix compte et nul ne peut se permettre de laisser passer sous son nez un tel paquet de voix. Des contacts sont actuellement entrepris, notamment avec Wadih el-Hajj, pour le pousser à se retirer.
La situation est presque identique au Batroun, où l'électorat Kataëb est déçu d'avoir perdu son candidat Samer Saadé qui s'est présenté à Tripoli. Il pourrait donc se rabattre sur le second candidat Kataëb, le Dr Nabil Hokayem. Ce dernier maintient sa candidature et pourrait arracher des voix au candidat des Forces libanaises, le député actuel Antoine Zahra.
Au Kesrouan, la situation est plus facile, car même s'il existe actuellement trois listes, une aouniste, qui devrait être annoncée incessamment, et deux autres, une dite des familles et l'autre des partis, en fait la bataille se jouera clairement entre les deux camps traditionnels : Aoun et ses adversaires chrétiens. La liste dite des familles regroupe pour l'instant Mansour el-Bone et Farid Haykal el-Khazen, et celle dite des partis regroupe le Amid du Bloc national Carlos Eddé, le responsable Kataëb Sejaan Azzi et l'ancien député et membre du comité de suivi du 14 Mars Camille Ziadé. Si les deux listes ne prennent pas d'autres candidats, elles se compléteront et pourront échanger des voix entre elles, comme s'il s'agissait d'une même liste. Pour Aoun, l'enjeu au Kesrouan est d'empêcher une percée de sa liste qui avait remporté les cinq sièges de la circonscription en 2005.
À Jbeil, l'enjeu est différent, puisqu'en dépit de la présence du camp du 14 Mars, certains observateurs estiment que la véritable bataille se joue entre le général Aoun et le président de la République Michel Sleiman. Toutefois, le chef de l'État dément toute intervention dans les élections, se voulant au-dessus de la mêlée, et le général Aoun tente de ne pas se laisser entraîner dans des affrontements inutiles.
À presque cinq semaines de l'échéance électorale, les véritables campagnes ne font que commencer et des ententes électorales tacites et partielles peuvent encore être conclues. La boîte à surprises commence à peine à s'entrouvrir...

