Le ministre Nassib Lahoud a été poussé vers la sortie, en sachant qu'il n'avait pas de place réelle sur la liste formée par le président Amine Gemayel et l'ancien vice-président du Conseil Michel Murr. Il a préféré se retirer complètement de la bataille pour rester fidèle à son image et à ses choix. Antoine Andraos et Ghattas Khoury ont été quasiment remerciés par Walid Joumblatt, avec toutes les excuses qui leur sont dues pour atténuer la pilule, mais le fait est qu'ils ont été remplacés par des candidats partisans, Fadi Habre pour les Kataëb à Aley et Georges Adwan pour les Forces libanaises au Chouf. Quant à Abdallah Farhat, il a été contacté par le président Gemayel qui lui a clairement fait savoir qu'il comptait reprendre le siège d'Antoine Ghanem à Baabda. Il lui a proposé de chercher à imposer son nom sur la liste, mais Abdallah Farhat affirme avoir refusé, ne voulant pas porter le label de ce parti. Il reste malgré tout dans la bataille et assure que sa candidature est définitive. Il ajoute qu'il souhaite rester dans la course jusqu'au bout, par respect pour sa base à Hammana, laquelle insiste pour montrer qu'elle existe et qu'elle refuse d'être sacrifiée pour des raisons politiques partisanes, d'autant que le candidat pressenti à la place de Farhat est originaire de Abadiyé, non de la Montagne. Farhat déclare aussi que par sa démarche, il montre qu'il est réellement indépendant et qu'il n'est pas un pion auquel on ordonne de se présenter puis de se retirer.
La personnalité du 14 Mars précise que ce rassemblement est aujourd'hui menacé d'implosion. Alors qu'on pensait que l'échéance électorale serait de nature à ressouder ses rangs, elle est en train de provoquer un processus inverse, les partis chrétiens se précipitant pour s'assurer des sièges parlementaires leur garantissant une place au gouvernement et à la table de dialogue.
Cette personnalité ajoute que les slogans fondateurs du 14 Mars sont aujourd'hui un peu périmés, la souveraineté et l'indépendance ayant été relativement atteintes et le tribunal international lancé. Il n'y a donc plus réellement de slogan pour cimenter l'entente dans les rangs de cette formation. Pour cette personnalité, Walid Joumblatt, véritable baromètre de la situation générale, a été le premier à donner des signaux du malaise au sein du rassemblement, notamment en se lançant dans un processus de rapprochement avec l'émir Talal Arslane et le Hezbollah. De plus, toujours selon cette personnalité, le rapprochement entre les sunnites et les chiites a affaibli le 14 Mars en atténuant le grand clivage entre les deux camps rivaux.
L'amélioration des relations entre la Syrie et l'Arabie a encore pesé de tout son poids sur ce rassemblement, poussant Saad Hariri et Walid Joumblatt à tenir des propos nettement plus conciliants, laissant leurs partenaires chrétiens au sein du rassemblement poursuivre seuls leur campagne contre Damas et Téhéran. Selon cette personnalité, il ne faut pas miser sur une nouvelle détérioration des relations entre Damas et Riyad, car il s'agit d'une orientation définitive, les Saoudiens estimant qu'ils ont déjà perdu l'Irak au profit des chiites et qu'ils ne veulent pas non plus perdre le Liban.
Dans ce contexte, Abdallah Farhat précise qu'il a toujours estimé que ce rapprochement était inéluctable et qu'il a refusé au cours des quatre dernières années de tenir un langage fanatique et extrémiste, d'abord pour préserver les chrétiens de sa région, qui souffrent le plus de l'instabilité dans le pays, et ensuite parce qu'il est convaincu que tous les protagonistes se retrouveront bientôt autour d'une table, le Liban étant un pays de compromis par excellence. Il déplore toutefois le fait que les protagonistes finissent toujours par s'asseoir autour d'une même table après s'être entredéchirés, jamais avant.
Il reste que le risque d'implosion ne menace pas seulement l'Alliance du 14 Mars. Le phénomène pourrait aussi s'étendre à l'opposition, où les tiraillements font leur apparition. Ce qui laisse prévoir des retournements d'alliances spectaculaires et l'apparition de nouveaux blocs qui seraient plus en phase avec les changements d'orientation dans la région. Le Liban vit donc une période transitoire et les élections législatives pourraient donner lieu à un changement politique fondamental...

