Selon cette même source, le Hezbollah « s'apprête à une confrontation politique farouche afin de répliquer aux accusations à son encontre ». « L'affaire, a-t-elle estimé, revêt une dimension sécuritaire qu'il faut dissocier de l'aspect politique que l'Égypte essaie d'exploiter. »
Tout en démentant les informations relayées par les médias égyptiens au sujet de l'encerclement au Sinaï de dix habitations appartenant à des Libanais, la même source a indiqué que le Hezbollah n'a pas d'adhérents en Égypte, mais a reconnu avoir payé les services de trafiquants d'armes. « Ces gens peuvent être des personnes avec qui nous avons coopéré dans le domaine logistique, moyennant des rémunérations normales. Il s'agit pour la plupart d'Égyptiens qui ont trouvé dans ce travail une nouvelle source de revenus qui ne va pas à l'encontre de leurs croyances nationales », a-t-elle précisé.
De même source, on a affirmé s'attendre à ce que des accusations soient adressées à des responsables du parti, mais pas à son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah. « Sinon, ce serait comme si on s'introduisait dans un tunnel sombre qu'il sera difficile d'éclairer par la suite. » Si l'Égypte s'en prend directement à Nasrallah, « cela risque d'affecter directement les liens entre Beyrouth et Le Caire ainsi qu'entre l'Égypte et certains pays arabes. De cette façon, Le Caire aura détruit toute possibilité d'un rétablissement de relations normales entre les pays arabes ».
La source s'est en outre interrogée sur le sort des personnes qui avaient été arrêtées par les autorités égyptiennes, relevant que les médias égyptiens n'en parlent plus et que personne au Liban n'a affirmé avoir un proche parmi elles.
Abondant dans le même sens, le secrétaire général du parti Baas, Fayez Chokor, a estimé que « le régime égyptien est dans un grave pétrin ». Il a demandé aux autorités égyptiennes de « revoir ses positions dangereuses », au moment où la presse syrienne s'interrogeait hier sur « ce qui fait peur au Caire ». Le quotidien syrien al-Watan a ainsi accusé l'Égypte « d'appliquer ce à quoi elle s'est engagée au cours de la conférence de Charm el-Cheikh au sujet de la lutte contre le trafic d'armes à Gaza et du démantèlement des réseaux de trafiquants ». Il l'a aussi accusé d'essayer de circonscrire l'appui populaire à Hassan Nasrallah dans la rue égyptienne et de barrer la voie à l'ouverture occidentale sur le Hezbollah. Le quotidien a conclu en s'interrogeant sur le point de savoir si l'Égypte « réalise qu'elle jette les bases d'une discorde dans la région et qu'elle aggrave les divisions arabes ».
En Arabie saoudite, le quotidien al-Watan a commenté les propos de Hassan Nasrallah au sujet de l'arrestation de Sami Chehab, l'un des principaux accusés libanais dans l'affaire du réseau dont le Hezbollah est accusé par Le Caire. Il a estimé que « le populisme ne doit en aucun cas s'effectuer au détriment des bases légales et rationnelles de la politique », reprochant au Hezbollah d'avoir porté atteinte à la souveraineté égyptienne. Selon lui, cette situation « peut justifier l'intervention d'autres parties dans les affaires libanaises, ce que le parti (de Dieu) refusera certainement ». « Si le Hezbollah veut vraiment aider les Palestiniens, il doit frapper à la porte, s'adresser directement au gouvernement égyptien et œuvrer avec lui », a indiqué al-Watan, qualifiant de « douteuse » la façon de faire du parti de Dieu et jugeant que la souveraineté des États « constitue une ligne rouge ».
En Égypte, la presse a poursuivi ses critiques contre le Hezbollah au moment où l'avocat de la défense du réseau hezbollahi, Mountasser el-Zayat, accusait les autorités égyptiennes d'avoir soulevé cette affaire pour affaiblir le Hezbollah durant les élections du 7 juin « surtout, a-t-il dit au quotidien koweïtien, al-Raï, qu'elles soutiennent le Courant du futur ». Il a qualifié d'« hérésie politique » les notes judiciaires contre Hassan Nasrallah, précisant qu'il n'y a pas de révélations surprise durant les interrogatoires.
La quotidien égyptien al-Masri al-Yawm, citant des sources proches de l'enquête, a fait état de l'arrestation de deux membres du Fateh, également impliqués dans l'affaire du réseau hezbollahi. Ces derniers seraient entrés clandestinement en Égypte à travers le Sinaï.
Parallèlement, le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmad Aboul Gheit a démenti des informations de presse selon lesquelles ce sont les services israéliens de sécurité qui ont aidé Le Caire à démanteler le réseau du Hezbollah, soulignant que ce sont les services égyptiens qui ont repéré ses membres et les ont pris en filature.
Dans une interview à une chaîne russe de télévision, il a considéré que le Hezbollah est « impliqué dans une affaire dont l'envergure le dépasse largement, surtout qu'elle tend à modifier la politique égyptienne pour qu'elle corresponde aux souhaits de certains ».
À Beyrouth, le Bloc national a également jugé extrêmement grave l'implication présumée du Hezbollah dans la violation de la souveraineté égyptienne. Réuni hier sous la présidence de son chef, Carlos Eddé, le BN a mis l'accent sur « les intentions expansionnistes du parti de Dieu », estimant que celui-ci a « prouvé qu'il est un instrument iranien, manipulé pour combattre Israël à partir des frontières que Téhéran autorise à employer ». Le Bloc national a invité les Libanais à réfléchir sérieusement sur la dimension et la signification de cette affaire « qui montre que le projet du Hezbollah est d'étendre le contrôle iranien à tous les pays arabes. Selon lui, le document d'entente signé entre le chef du CPL, le général Michel Aoun, et le Hezbollah « ne vaut rien face à ce projet ».

