Ivan Klasnic est un homme discret, dans tous les sens du terme. Aussi bien sur les terrains français - où sa réputation de « terreur des surfaces » ne s'est jamais confirmée - que devant les journalistes français à qui il a toujours daigné répondre. Mais, hier, son comportement était tout autre. Il faut dire que l'actualité l'y obligeait. Aujourd'hui, à Brême, commencera le procès qui oppose le Croate au docteur Götz Dimanski, responsable de l'encadrement médical du Werder Brême (ancien club de Klasnic), et à la cardiologue Manju Guha. Selon le joueur, les deux médecins allemands seraient coupables de ne pas lui avoir diagnostiqué un dysfonctionnement des reins, ayant entraîné une double greffe en 2007.
Interrogé hier, le Nantais confiait son impatience : « J'attends cela depuis longtemps. C'est très difficile... J'ai envie de tirer un trait sur ce qui s'est passé. Je veux juste savoir à qui revient la faute. »
L'histoire de l'international croate est unique dans le monde du football. Fin 2006, après une longue série d'examens, des médecins détectent chez lui une grave insuffisance rénale. La fin de carrière professionnelle est proche. Une première greffe d'un rein donné par sa mère échoue début 2007. Une seconde tentative, en mars, avec un rein de son père, fonctionne bien. Grâce à des efforts draconiens, l'attaquant va, finalement, continuer sa vie sportive. Le 24 novembre 2007, six mois tout juste après son opération, Klasnic fait son retour en Bundesliga avec le Werder Brême. Mieux encore, il est appelé, l'été dernier, par le sélectionneur croate pour disputer l'Euro. « C'est comme une seconde vie pour moi. C'est comme un rêve », confiait-il à l'époque.
Deux millions de dollars d'indemnités
Ivan Klasnic, aujourd'hui joueur du FC Nantes, n'a, cependant, pas pardonné aux médecins du Werder Brême, qui ont sous-estimé ses problèmes de santé. « J'ai consulté des experts, ils m'ont dit qu'il y avait eu faute », affirme-t-il. À cause d'eux, le jeune homme (29 ans) a passé la pire période de sa vie. « Je peux vous l'avouer maintenant, j'ai vécu de très mauvais moments. Vu beaucoup de pleurs... Ma mère et mon père ont perdu un rein. Dans quelques années, mon frère et ma femme pourraient aussi en perdre un, si la médecine ne trouve pas d'autres thérapies. Si je veux vivre 100 ans, je devrais subir trois ou quatre autres transplantations. »
Le joueur sera bientôt fixé sur son sort. Il espère, avant toute chose, que les médecins du Werder reconnaissent leurs torts. Si c'est le cas, il pourrait toucher, en outre, près de 2 millions d'euros d'indemnités. S'il remporte cette importante bataille juridique, Klasnic ne pourra, en revanche, gagner celle que son équipe va mener, demain, face à Nice en Ligue 1. Dix-huitièmes de Ligue 1, les Canaris devront absolument l'emporter, même sans le Croate, auteur de 5 buts cette saison. Pour le coup, en cas de drame en fin de saison, les joueurs nantais ne pourraient s'en prendre qu'à eux-mêmes...

