Deux hommes de 19 et 54 ans ont été tués par balles au cours d'une rixe entre manifestants et résidents du voisinage, selon un ministre et des sources hospitalières. Les affrontements entre l'armée et les opposants, qui avaient éclaté à l'aube autour d'un grand carrefour de Bangkok avant de se répandre à d'autres quartiers, ont fait par ailleurs au moins 113 blessés, dont 23 militaires, selon les services de secours et le gouvernement.
Toute la journée, les manifestants ont érigé des barricades et se sont battus contre l'armée à coups de cocktail Molotov et de pavés, incendiant de nombreux autobus ainsi qu'un bâtiment du ministère de l'Éducation. Les militaires ont répliqué par de puissants tirs de sommation à l'arme automatique, et en utilisant des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les chaînes de télévision ont montré des images de soldats tirant sur la foule, mais un porte-parole de l'armée a assuré qu'il s'agissait dans ce cas de balles à blanc. Il a toutefois reconnu que des balles réelles avaient été tirées en l'air afin de « terrifier » les protestataires. Les violences ont épargné jusqu'ici la manifestation principale, devant le siège du gouvernement, où quelque 5 000 « chemises rouges » - surnom des partisans de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra - restaient massées après 22h00 heure locale, selon la police. M. Abhisit a appelé les derniers manifestants à rentrer chez eux. Le Premier ministre avait décrété dimanche l'état d'urgence à Bangkok face aux manifestations des « chemises rouges », qui, depuis des semaines, réclament sa démission et des élections anticipées. Dans des déclarations à CNN, M. Thaksin a accusé les autorités de mentir à propos des victimes. « De nombreuses personnes sont mortes », a-t-il affirmé.
De nombreux pays étrangers ont conseillé à leurs ressortissants d'éviter Bangkok ou de rester dans leurs hôtels. Le Japon a déconseillé aux siens le port de chemises rouges ou jaunes afin de ne pas être confondus avec l'une ou l'autre des factions. L'UE a exprimé sa « grande préoccupation », et les États-Unis ont condamné la violence « inacceptable » des manifestants.
M. Thaksin, 59 ans, ancien homme fort de la Thaïlande renversé par des généraux royalistes en 2006, s'est enfui à l'étranger pour échapper à une condamnation pour corruption. Homme d'affaires controversé, il reste toutefois populaire, en particulier dans les régions rurales du Nord. Abhisit Vejjajiva, 44 ans, est devenu Premier ministre le 15 décembre à la faveur d'un renversement d'alliance parlementaire, et non d'élections.

