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Culture - Peinture

Tous les visages de Marwan chez Sfeir-Semler

C'est une exposition quasi muséale que consacre la galerie Sfeir-Semler
au grand peintre syrien Marwan*. 
Il est sans conteste l'un des plus importants peintres arabes de sa génération. De cela, Marwan Qassab Bachi, dit Marwan, en est conscient. Son prénom comme seule signature en atteste. Sans fausse modestie. Sans morgue non plus. Mais avec cette tranquille assurance des gens qui se savent investis d'un talent puissant et exigeant. Un don. Une prédisposition qui les pousse à dépasser les limites étriquées de la «gloriole» de l'ego, pour s'adonner à une œuvre profondément authentique. Et par là salvatrice. Car sa peinture pose des interrogations graves. Sa peinture «parle» avec sincérité de l'être immémorial à l'homme contemporain.
«Qui es-tu, qui es-tu, qui es-tu?» semble questionner inlassablement ce visage, à la fois universel et personnel, portrait et paysage, face humaine et cosmos intégrant toute la création. Une face d'homme qui revient en leitmotiv dans les toiles de Marwan, depuis plus de deux décennies, comme le miroir du destin humain dans ses grandes lignes : l'amour, la vie, la mort. Une sorte de portrait de l'âme du monde. Celle qui génère dans un même souffle spiritualité et érotisme, pureté et violence.
Un portrait dense et vibrant, construit par couches, strates épaisses, traits de couleurs. L'ensemble composant tout à la fois un visage et une multitude de visages, de paysages, de personnages... Une face dont les traits, vus de près, sont formés de silhouettes diffuses et mouvantes.

Un visage cosmos
Un visage, toujours le même, toujours renouvelé, à l'architecture sous-tendue d'une pulsation intense. Celle-là même qui relie la main de l'artiste à son cerveau, son imaginaire «fourmillant d'idées, de sensations, charriant des images à croquer immédiatement», indique Marwan, en vous retirant votre petit carnet de notes des mains pour vous en faire, en quelques traits nerveux, un dessin à l'appui. Son langage.
Une inspiration bouillonnante, nourrie de son enfance aux portes du désert et de son héritage soufi, mais rattrapée aussi, dans le long cours du «fleuve» de la vie, par son lot de perte d'êtres chers. Ces avancées vers la mort qui donneront lieu, à partir du milieu des années quatre-vingt-dix, à des portraits de faces dédoublées, inversées, ou encore à l'allongement plus marqué du bas du visage. Comme un tracé de vie qui se dilue... À cette même période émergeront aussi ses séries de marionnettes. Des représentations à l'huile et à l'aquarelle de poupées grotesques, colorées et désarticulées, aux attitudes et postures aussi ambiguës que les voies du destin !
Une inspiration spiritualiste et humaniste également imprégnée d'un demi-siècle de vie en Allemagne, où Marwan s'installe après ses études, à la fin des années cinquante, à l'Académie des beaux-arts de Berlin.
Une cinquantaine de toiles de grande, petite et moyenne dimensions. Des huiles, des aquarelles, des gravures rassemblant la production de ces trois dernières années. Et quelques autoportraits, sombres et raides, à l'huile, plus quelques gravures assez noires des années soixante sortis de la collection privée de l'artiste. Et qui démontrent, s'il en faut, cette préoccupation constante de Marwan à vouloir saisir le souffle - douloureux - de l'âme humaine. Autant dans les toiles figuratives de ses débuts que dans toute son œuvre abstraite ultérieure.
Jusqu'au 11 juillet, une exposition à ne pas rater !

* Sfeir-Semler, La Quarantaine, imm. Tannous, 4e étage. Horaires d'ouverture : du mardi au samedi, de 11h00 à 18h00. Tél. : 01/566550 ou 03/611913. 
Il est sans conteste l'un des plus importants peintres arabes de sa génération. De cela, Marwan Qassab Bachi, dit Marwan, en est conscient. Son prénom comme seule signature en atteste. Sans fausse modestie. Sans morgue non plus. Mais avec cette tranquille assurance des gens qui se savent investis d'un talent puissant et exigeant. Un don. Une prédisposition qui les pousse à dépasser les limites étriquées de la «gloriole» de l'ego, pour s'adonner à une œuvre profondément authentique. Et par là salvatrice. Car sa peinture pose des interrogations graves. Sa peinture «parle» avec sincérité de l'être immémorial à l'homme contemporain. «Qui es-tu, qui es-tu, qui es-tu?» semble questionner...
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