Les membres de l'équipage du « Maersk Alabama », porte-conteneurs attaqué à environ 500 km au sud-est de la ville somalienne d'Eyl, ont « repris le contrôle du navire », mais la situation n'est toujours pas entièrement résolue, a indiqué à l'AFP un responsable du Pentagone, sous le couvert de l'anonymat. Il a précisé qu'il y avait encore « un pirate à bord, sous le contrôle de l'équipage ». « Nous surveillons la situation et évaluons nos options pour parvenir à une solution », s'est contenté de déclarer le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. L'équipage du bateau de 155 mètres de long est « sain et sauf », avait indiqué un peu plus tôt le PDG de la compagnie maritime Maersk Line Ltd, John Reinhart, lors d'une conférence téléphonique, sans confirmer que ses marins avaient repris le contrôle du bateau. Il a ajouté que le porte-conteneurs, chargé de nourriture destinée notamment au Programme alimentaire mondial (PAM), faisait route vers le port kényan de Mombasa. La Maison-Blanche avait précisé dans la matinée « suivre de près » l'évolution de la situation.
En soirée, un officier du bateau a indiqué sur CNN que l'équipage négociait le retour de son capitaine, toujours détenu par les pirates dans un canot de sauvetage. « En ce moment même, ils détiennent notre capitaine en demandant une rançon et nous essayons de le faire revenir », a affirmé le second du bateau, Ken Quinn, interrogé par téléphone sur la chaîne d'informations américaine. Il a ajouté que les membres d'équipage avaient relâché l'un des pirates qu'ils avaient réussi à arrêter, mais que ses complices refusaient de libérer le capitaine Richard Phillips. L'officier a par ailleurs expliqué qu'un navire de guerre de la force internationale présente au large des côtes somaliennes devait arriver « en trois heures » sur les lieux. « Alors nous allons juste essayer de retenir (les pirates) pendant trois heures, et nous aurons ensuite un bateau de guerre ici pour nous aider », a-t-il dit.
Le « Maersk Alabama », à bord duquel se trouvent 20 Américains, est le sixième bateau capturé depuis samedi dans l'océan Indien, à des centaines de kilomètres de la Somalie, et dans le golfe d'Aden par des pirates somaliens. Le navire « devait arriver au port de Mombasa le 16 avril », a précisé à Nairobi un porte-parole du PAM, Peter Smerdon. Ces pirates ne cessent d'étendre leur rayon d'action et de narguer les navires de guerre déployés dans la région par les grandes puissances. Mardi, la Ve Flotte américaine avait appelé les armateurs à renforcer leurs mesures de protection en haute mer, soulignant que « les navires marchands (devraient) être plus vigilants en opérant dans ces eaux ». « En dépit du renforcement de la présence navale dans la région, il est peu probable que les bâtiments maritimes et l'aviation soient assez proches pour venir en aide à des navires au moment d'une attaque », poursuivait le message de la Combined Task Force (CTF) 151, la force maritime multinationale créée en janvier par l'US Navy.
Les pirates somaliens ont attaqué plus de 130 navires marchands au large de la Somalie l'an dernier, une hausse de plus de 200 % par rapport à 2007, selon le Bureau maritime international. Pour y faire face, de nombreux pays ont dépêché des navires de guerre au large de la Somalie, en proie à la guerre civile et au chaos depuis 1991. Mais toutes les chancelleries n'ont pas la même attitude vis-à-vis des pirates. Si la France a arrêté et poursuivi en justice des pirates somaliens, les Américains semblent hésiter à le faire : la marine américaine a ainsi relâché le 20 mars, faute de preuves irréfutables, six pirates présumés après une tentative d'attaque. L'Allemagne, en vertu d'un accord passé entre l'Union européenne et le Kenya, a remis hier à Mombasa sept pirates présumés à la justice kényane qui les jugera pour leur participation à l'attaque, le 29 mars, d'un pétrolier de la marine allemande dans le golfe d'Aden. La recrudescence des captures pose de nouveau la question de la pertinence de ce déploiement militaire en mer.

