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Culture - Exposition

Le monde aigre-doux de Charbel Aoun

« Mourrashah Intikhabi »*. Pas d'inquiétude ! Ce n'est pas une campagne électorale de plus, mais une série de dessins et de peintures qui sont exposés au Bardo - Hamra jusqu'au 30 avril, signés Charbel Samuel Aoun.
Ce n'est pas par hasard si Charbel Samuel Aoun a choisi un restaurant, donc un lieu de rassemblement social, pour accrocher ses récentes toiles. « Mon travail est un art social, dit-il, qui vibre et vit. » Quoi de mieux alors que de le mettre de plain-pied avec un va-et-vient vivant ?
Railler les candidats aux élections et s'interroger sur les programmes que propose chacun et sur les moyens entrepris pour arriver à leurs fins. Moquer enfin les électeurs pris souvent à leur piège infernal, mais aussi compatir avec leur situation. Ceci pourrait être une émission télévisée ou une pièce théâtrale, mais ce ne l'est pas car Charbel Samuel Aoun a choisi des toiles, grand et petit format, pour exprimer sa vision de ce qui l'entoure et partager les peines d'un peuple qui souffre depuis un certain temps. En mélangeant huile, encre et aquarelles, l'artiste a créé des formes caricaturales, difformes, comme surgies de l'univers de Jérôme Bosch et qui esquissent librement la danse du pouvoir et de la mort.

Du rire aux larmes
Inspiré de la réalité libanaise et des dernières années vécues comme une plaie par Charbel Aoun, son travail ne se laisse pourtant pas enfermer dans une époque ou un temps donnés. Il se libère et devient un message universel. Chez ce jeune artiste bien trempé (tout comme ses teintes) dans la réalité, les thèmes de couches sociales, d'aliénation de la parole et des droits de l'homme sont récurrents, et c'est avec le langage qu'il connaît, celui de la peinture, qu'il parvient à les traduire. «Ce n'est pas de la caricature, dit-il, car celle-ci est reliée à un événement ou à un personnage précis, alors que mes caractères sont simplement des archétypes qu'on pourrait retrouver partout.» Certes, le sujet traité dans ses œuvres (aux titres très humoristiques) est celui des élections libanaises, mais l'artiste utilise ce thème précis comme tremplin pour aborder tout ce qui touche à la mort, à l'emprise sur l'autre, à la haine et à la subordination.
En distordant les faces et en les boursouflant ; en jouant sur les reliefs, sur la perspective, en respectant les lavis, les accidents de la peinture (car tout accident, dit-il, a une signification); en caressant la toile de fins pinceaux d'encre, ou en accumulant les strates de couleurs. En alternant humour noir et sarcasme, couleurs grisâtres et éclatantes; réalité et rêves, Charbel Aoun parvient à reproduire l'envers du miroir, illustrer le non-dit et révéler l'invisible. Ses pâles figures au regard creux ne sont que l'expression de ce peuple longtemps blessé par les conflits. On croirait ainsi voir s'y refléter notre triste réalité. Projeter les frustrations et les blessures des autres sur la toile. Voilà une bonne manière de ne pas rester inactif, mais de réagir et de résister à cette apathie environnante et un programme non électoral, mais pictural intéressant.

* Restaurant Bardo - Hamra, face à l'Univeristé Haïgazian. L'exposition se poursuivra à la galerie Safana - Verdun, du 1er jusqu'au 6 mai.
Ce n'est pas par hasard si Charbel Samuel Aoun a choisi un restaurant, donc un lieu de rassemblement social, pour accrocher ses récentes toiles. « Mon travail est un art social, dit-il, qui vibre et vit. » Quoi de mieux alors que de le mettre de plain-pied avec un va-et-vient vivant ? Railler les candidats aux élections et s'interroger sur les programmes que propose chacun et sur les moyens entrepris pour arriver à leurs fins. Moquer enfin les électeurs pris souvent à leur piège infernal, mais aussi compatir avec leur situation. Ceci pourrait être une émission télévisée ou une pièce théâtrale, mais ce ne l'est pas car Charbel Samuel Aoun a choisi des toiles, grand et petit format, pour exprimer sa vision de ce qui...
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