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Culture - Théâtre

Sur le fil… du « Funambule » de Genet

Accompagné de la violoncelliste Sophie Margat, le comédien français Jean-Paul Schintu présente, au cours d'une tournée au Liban, « Le funambule » de Genet.

Comédien soucieux de faire connaître au public des textes majeurs de la littérature française, Jean-Paul Schintu ne s'est pas contenté de jouer dans plus d'une soixantaine de pièces classiques et contemporaines, il a aussi créé des montages intégrant textes et musique autour de grands auteurs.
C'est dans ce registre qu'il met en scène et joue Le funambule de Jean Genet, un spectacle d'une heure, qu'il présente, à l'invitation de la Mission culturelle française, après Beyrouth (où il a déjà donné une représentation au théâtre Babel), à Zahlé et Tripoli*.
Poète, dramaturge, escroc, homosexuel, ami des Black Panthers comme des Palestiniens, auteur provocateur et scandaleux (du célèbre Les Bonnes, notamment) exaltant dans ses écrits la séduction du mal et les personnages interlopes, Genet était tout cela. Mais, encore plus, un obsédé de la beauté du mot.
Dans Le funambule, cette lettre d'amour qu'il adresse à un jeune acrobate (Abdallah, qu'il rencontre en 1955 mais qui se suicidera neuf ans plus tard) envers lequel il éprouve des sentiments enflammés, Genet cisèle des phrases d'une sombre beauté. Des paroles de poète qui transcende - sans les effacer - les désirs et envies charnelles qui le consument pour s'élever au niveau d'un dialogue «socratique», de maître à élève.

 

Réflexions sur l'art
« Ce sont de vains, de maladroits conseils que je t'adresse... Je ne voulais pas autre chose : qu'écrire à propos de cet art un poème dont la chaleur montera à tes joues. Il s'agissait de t'enflammer, non de t'enseigner », dira le poète en conclusion de sa lettre à son ami funambule.
C'est un texte dense, intense, dramatique, à l'écriture aussi riche que raffinée qu'interprète un Jean-Paul Schintu habité, à l'évidence, par le personnage de Genet. Tenue noire toute simple, contrastant avec les couleurs ensoleillées du maillot de danse, du collant et du long foulard sur la tête de la violoncelliste incarnant l'acrobate auquel il s'adresse, Schintu incarne, avec une magnifique justesse de ton, l'amant « pygmalion », à la fois passionné et exigeant.
Sur une scène épurée, ornée d'un tapis au sol et de trois chaises, et nimbée d'une belle lumière créée par Nicolas Dallier, Schintu-Genet virevolte autour de la jeune musicienne et de son violoncelle qui joue, par les seules arabesques d'une partition musicale, le rôle de l'acrobate sur son fil.
Le comédien évoque, en un long monologue, la dramaturgie du cirque, la « solitude mortelle » de l'acrobate, figure symbolique de tous les praticiens de l'art, et, par là, offre une réflexion sur le rapport de l'artiste à la création (« On n'est pas artiste sans qu'un grand malheur s'en soit mêlé »), à l'érotisme, à la mort,
à Dieu...
Émaillé de phrases d'une bouleversante vérité, ce texte, contrairement à ce qu'en dit Genet, enseigne autant qu'il enflamme, en apportant au public quelques beaux énoncés à méditer, à l'instar de celui-ci: «Tâcher à paraître à soi-même dans son apothéose, chacun en son for intérieur doit tendre à cela. »
Un spectacle qui reste cependant trop purement français, voire hermétique, même pour un public de
francophones.

* Ce soir, samedi 4 avril, à 19h30, au théâtre du Collège oriental de Zahlé et lundi, 6 avril, à 18h00, à Beit el-Fann, Tripoli. Entrée libre. Réservations aux : 01/420232 -234. 

Comédien soucieux de faire connaître au public des textes majeurs de la littérature française, Jean-Paul Schintu ne s'est pas contenté de jouer dans plus d'une soixantaine de pièces classiques et contemporaines, il a aussi créé des montages intégrant textes et musique autour de grands auteurs. C'est dans ce registre qu'il met en scène et joue Le funambule de Jean Genet, un spectacle d'une heure, qu'il présente, à l'invitation de la Mission culturelle française, après Beyrouth (où il a déjà donné une représentation au théâtre Babel), à Zahlé et Tripoli*. Poète, dramaturge, escroc, homosexuel, ami des Black Panthers comme des Palestiniens, auteur provocateur et scandaleux (du...
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