De la précision. Des chiffres. De la science. N'est-ce pas justement ce dont nous avons urgemment besoin pour combattre ce véritable fléau qu'est la pollution marine de notre côte méditerranéenne, à laquelle contribuent de manière essentielle les eaux usées qui s'y déversent sans traitement (parce que les stations de traitement, même existantes, ne sont pas opérationnelles, à l'exception d'une au sud de Beyrouth et d'une autre qui vient d'être inaugurée à Tripoli) ?
En effet, comment peut-on prétendre lutter efficacement contre ce fléau environnemental ou contre tout autre fléau sans être armé de données scientifiques précises et fiables ? Et, jusque-là, malgré certains progrès effectués au cours des années (et malgré de nombreuses études qui restent clairsemées et ne font, pour la plupart, l'objet d'aucun suivi), l'administration libanaise demeure bien pauvre en données et en chiffres, comme si le flou est le seul garant de cette atmosphère ouatée reposante dans laquelle tous les à-peu-près sont permis. C'est sans doute pourquoi on voit souvent les responsables pleurnicher encore plus que la population... Comme si la dégradation de l'état de l'environnement était une sorte de malédiction des dieux dans laquelle aucun être humain n'est impliqué.
Mais la magie des chiffres, en revanche, place tout le monde face à la réalité et introduit d'emblée la rationalité dans les débats. Même si les chiffres peuvent être controversés ou sujets à des interprétations diverses, ils restent une base sûre pour imaginer des solutions parce qu'ils donnent une idée de l'ampleur des problèmes.
Il ne faut pas inscrire la rareté des informations précises détenues par l'administration officielle - et, par conséquent, communiquées au grand public - sur le seul compte d'une certaine mauvaise foi. Souvent, l'État manque de moyens pour se doter de bases de données fiables et complètes. Mais on peut raisonnablement se poser la question de savoir ce qu'il fait de ces bases de données quand il en prend possession.
Le bateau nommé « Cana », qui promet une meilleure exploration de la côte, avait servi de bateau de pêche. Espérons pour son équipage, et pour le CNRS qui en assure la gestion, que la pêche aux informations sera bonne, et que ces efforts ne s'égareront pas dans les tréfonds opaques du laxisme politique.

