Et quelle serait la position syrienne par rapport au courant de pensée, qui a émergé avec l'avènement du président Sleiman, prônant l'émergence d'un bloc centriste d'indépendants ? Antérieurement, emboîtant le pas au général Michel Aoun, le cher frère visiteur, les médias officiels syriens avaient critiqué le projet. Mais selon des cadres qui se sont rendus récemment à Damas, on s'y montrerait désormais favorable à l'idée d'un bloc parlementaire acquis à Baabda, dégagé du clivage rive droite rive gauche.
Ces témoins affirment avoir entendu certains responsables syriens insister sur la nécessité de soutenir le chef de l'État libanais. Notamment pour ce qui est du bloc centriste. Ils ajoutent que la démarche du président Nagib Mikati, annonçant de Tripoli qu'il soutient à fond le projet, traduit bien les nouveaux souhaits de la direction syrienne. Laquelle estime dorénavant qu'il serait bon qu'il y ait au Parlement libanais, et par voie de conséquence au sein du gouvernement, un groupe capable de jouer les forces tampons entre le 14 et le 8 Mars. Et de jouer les arbitres, le cas échéant. La Syrie conviendrait maintenant de la nécessité d'un État libanais libéré du monopole des uns et de l'obstructionnisme des autres, dynamisé et rééquilibré dans un strict cadre institutionnel. Dans l'esprit de Taëf.
Cela en raison du fait, relevé publiquement par le président Assad, que la compétition électorale au Liban s'annonce trop serrée. Et que la différence en sièges serait trop minime pour que l'un ou l'autre camp soit en mesure de prendre solidement la barre. Leur capital se trouvant en outre rogné par l'apparition d'un grand nombre de candidats qui ne se réclament pas d'eux.
Les mêmes sources affirment que le régime syrien a opté pour un soutien sans réserve à la présidence de la République libanaise. Elles ajoutent que Damas s'interdit globalement d'intervenir dans les élections, comme lors de la tutelle, mais reste sensible (et actif) à ce qui se produit dans les régions proches de son territoire comme la Békaa ou le Nord.
Ces observateurs qualifient de simple propagande électorale les rodomontades chiffrées, loyalistes ou opposantes, concernant les résultats des élections. À leur avis, après le 7 juin et avec l'essor d'un bloc centriste, les cartes vont être redistribuées sur la scène locale. Des regroupements nouveaux se feraient, sur d'autres bases que les actuelles. Le régime prendrait son plein essor et entreprendrait de réaliser ses vues réformatrices. Les grands blocs parlementaires pourraient voler en éclats. Selon un député, la quasi-
totalité des parties extérieures souhaite qu'aucun camp libanais n'écrase électoralement l'autre. Et que la différence en strapontins ne dépasse pas le nombre des doigts de la main.
Les pôles informés s'accordent à assurer que les élections seront calmes, avec l'aide de la détente interarabe. Les forces de l'ordre ont reçu de strictes instructions à cet effet, en se voyant rappeler, au plus haut niveau, qu'elles doivent veiller à appliquer scrupuleusement la loi à tous, sans discrimination. Le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, a installé dans son département une cellule de dispatching sécuritaire électoral permettant une coordination serrée de la surveillance policière et militaire sur le terrain.
L'Intérieur va donner sous peu son avis officiel au sujet des demandes présentées par diverses organisations, ou instances, extérieures en vue de missions d'observation des élections libanaises. Le ministère y est favorable, dans la mesure où un tel témoignage confirmerait la transparence de l'opération qu'il organise.

