Cette optique de tolérance et de liens partagés habite l'ensemble du travail de Rayya Haddad, une jeune photographe à la double formation sociologique et artistique.
De son projet de diplôme (en 2004, à la School of the Art Institut of Chicago, après des études non achevées de sociologie à La Nouvelle-Orléans), qui consistait en un portrait collectif d'un groupe d'amis pris de dos et dans leur nudité intégrale, à ses séries de portraits de marchands dans leurs boutiques, puis d'objets de consommation, toute son œuvre photographique est basée sur la recherche de ce qui «unit, rapproche, rassemble en dépit des différences ».
Une œuvre, en séries donc, élaborée par caméra digitale, au fil de ses nombreux déplacements à travers les pays et les continents.
États-Unis, France, Égypte, Venezuela, Mexique, Syrie et Liban, où elle réside depuis 2005, dans ce village global qu'elle sillonne caméra au poing, on trouve désormais de tout partout. Cela signifierait-il pour autant que tous les marchés du monde sont devenus parfaitement identiques ? Cette interrogation, véhiculée par les images d'étalages de souks et de marchés qu'expose Rayya Haddad à l'Art Lounge, renvoie à la question de savoir démêler l'écheveau des similarités dans les singularités culturelles.
Clins d'œil sociologiques
Ainsi, cette photo d'un achalandage de marmites en fonte noire faisant face à une construction que l'on pourrait identifier en tant qu'architecture tibétaine et qui est, en réalité, prise en Syrie. Ce stand de bandanas de toutes les couleurs qu'on pourrait retrouver aussi bien sur les marchés mexicains, ceux du sud de l'Europe ou encore au Souk el-Ahad, à Beyrouth, où a été effectivement pris ce cliché. Mais encore ce stand envahi de manettes de téléviseurs - objets symboliques de l'hégémonie de la culture occidentale - qui, par sa seule présentation, révèle, à tout œil averti, sa localisation orientale!
Mais il y a aussi les chapelets, les outils, les pans de tissus, les rangées d'œufs, les rideaux de perles de verre et les étalages d'épices...Cette dernière denrée, dont la route a mené à la découverte et à l'ouverture du monde, donne son nom (Spices) à la présente exposition à l'Art Lounge.
Une exposition d'images sérielles porteuses de clins d'œil sociologiques, qui s'accompagnent toujours d'un parti pris résolument esthétique. Car la quinzaine de clichés (de format moyen, 50 x 75 cm, mais dont certains auraient gagné à être encore plus aggrandis) de cette jeune photographe a ceci de particulier: une composition qui favorise les alignements, les rangées, les agencements de formes et de couleurs dans une netteté paradoxalement non répétitive et étonnamment créative.
* Jusqu'au 26 avril, à l'Art Lounge, Quarantaine, corniche du Fleuve, Beyrouth. Tél. : 03/997676.


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