Premier maillon de ces événements de la terre du pèlerin polonais est l'arrivée, pour la seconde fois après six ans d'absence, de maestro Andrej Bialko. Quand les touches des claviers sont saisies de féerie et que les orgues tonnent sous les doigts de Bialko, les rosaces des églises s'illuminent, le ciel a des miroitements d'arc-en-ciel ou des menaces de plomb, la pluie a des reflets d'argent, l'air a une légèreté de bulles transparentes et le public est aux anges...
« Je ne reconnais plus Beyrouth tant l'effervescence de la construction est rapide », confie l'organiste polonais, absolument ravi d'être au pays du Cèdre dont il loue avec enthousiasme les vestiges et la beauté naturelle des sites. « C'est fabuleux d'avoir Byblos, Beiteddine, Baalbeck », dit-il et d'ajouter : « Si Cracovie est verdoyante et paisible dans ses paysages, ici il y a la majesté des civilisations millénaires... Et puis les gens sont si aimables, si accueillants, si courtois et leur qualité d'écoute à mon dernier concert est si remarquable... »
Épris du clavier dès son plus jeune âge (« D'emblée, les sonorités de l'orgue m'ont subjugué », précise Bialko), le musicien a commencé avec le piano pour prendre par la suite, c'est-à-dire vers l'adolescence, la commande des souffleries... Enseignant au Conservatoire de Cracovie et professeur à l'Académie (la plus prestigieuse institution musicale du pays), parfait polyglotte (cela va de l'anglais au russe, en passant par le français, l'italien, l'allemand et le polonais), fervent lecteur de Mika Waltari, Platon, Aristophane, Goethe, Dumas et passionné de Bach, Poulenc mais aussi de Stravinsky et Messiaen, Bialko a une franche prédilection pour les orgues anciens...
« J'ai officié, dit il, plus de vingt ans à Sainte-Anna avec un orgue du XVIIe siècle. Et si je devais donner un conseil à mes élèves pour maîtriser à bon escient l'orgue, je dirais simplement : pratiquez, pratiquez beaucoup cet art tout en pensant à la musique, mais aussi à des choses indépendantes de la musique... »
Pour ses deux concerts à Beyrouth, l'un en solo sous le chapiteau de l'Assembly Hall (AUB), des pages de compositeurs anonymes polonais du XVIe siècle ainsi que des œuvres allant de toccata en fugue, en passant par prélude, danses, élégie et boléro. Par conséquent, des œuvres de Podbielsky, Buxthehude, Bach, Mendelssohn, Sujuzky, Reger et Sawa.
Pour le second concert, Andrej Bialko donnera fastueusement la réplique en soliste à l'Orchestre symphonique national libanais sous les voûtes de l'église Saint-Joseph (USJ). Résonneront en grande pompe donc des pages de Saint-Saëns et Rheinberger.
Mais avant d'écouter justement les orgues tonner en grande pompe, un dernier souhait, un dernier aveu maestro Bialko ?
« Oui, j'aimerai surtout dire que je suis sensible à la réaction des gens ici. Je les sens qui écoutent. Ils savent écouter, et cela je le ressens ! Si en Europe la tradition des orgues est bien ancrée, en Orient, par contre, c'est tout à fait différent. Je souhaite que mon passage à Beyrouth, où il y a déjà plusieurs orgues de qualité, contribue surtout à une prolifération de cet instrument-roi datant du IIIe siècle avant Jésus-Christ, créé justement par un Grec d'Alexandrie,
Ctésibios... »
* En concert, ce soir, à l'église Saint-Joseph (USJ) avec l'OSNL.

