Mais cette « implication » peut être « très embarrassante sur certains dossiers, en termes d'image, mais aussi parce que Kadhafi exprime des idées à contre-pied des valeurs de l'organisation », note une source proche de l'UA. Dans son discours inaugural, M. Kadhafi avait ainsi estimé que les Africains ne devraient pas organiser d'élections, mais leur préférer « des comités populaires » comme ceux qui existent en Libye. Au Niger la semaine dernière, il s'est déclaré contre la limitation des mandats présidentiels : « Il faut que le peuple choisisse celui qui doit le gouverner, même pour l'éternité », a-t-il affirmé. Mais le fossé s'est creusé entre l'UA et le « guide » depuis sa médiation début mars en Mauritanie. Il a donné son approbation de facto au coup d'État du 6 août 2008 et prôné la clôture du dossier des sanctions imposées le 5 février par l'UA à la junte au pouvoir. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA a pourtant confirmé le 24 mars que les dirigeants « civils et militaires » de la junte seraient frappés par des sanctions et qu'une « liste nominative » des personnes visées serait établie « d'ici à un mois ». Selon des sources diplomatiques africaines à Addis-Abeba, M. Kadhafi a « ressenti comme un camouflet » cette décision du CPS. « Les sanctions ne peuvent être mises en œuvre que si elles ont été entérinées par le sommet, même le CPS ne peut pas prendre cette décision sans qu'elle soit confirmée par le sommet », a-t-il fait valoir dimanche, en contradiction avec l'Acte constitutif de l'UA. Le CPS est un organe souverain composé de 15 États membres élus par leurs pairs. Il peut se réunir au niveau des ambassadeurs, des ministres ou des chefs d'État. Un haut responsable de la commission de l'UA a indiqué à l'AFP que « ce que fait M. Kadhafi est contre l'Acte constitutif. Il ne peut pas décider seul sous prétexte qu'il est président en exercice. Il a mérité ce camouflet ». « Sur la Mauritanie, la décision de sanctions a été prise au plus haut niveau », a rappelé ce responsable, jugeant que le guide libyen « veut remettre en cause le CPS en le privant de sa souveraineté ». M. Kadhafi s'en est défendu dimanche, affirmant « ne travailler et n'agir que dans le cadre de l'Acte constitutif et selon les résolutions des chefs d'État ». Plus positif, le commissaire à la Paix et la Sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, estime que « cette méthode de travail, qui consiste à s'impliquer davantage dans la mise en œuvre des résolutions du sommet et des autres organes, est une donnée distinctive de la présidence du guide, mais qui peut être porteuse de plus-value ». « En Afrique, les chefs d'État jouent le rôle de locomotive dans l'intégration du continent. Donc un président (...) peut débloquer un certain nombre de dossiers », avance-t-il.
Moyen Orient et Monde - Union Africaine
La présidence libyenne provoque cacophonie et malaise
OLJ / le 31 mars 2009 à 00h25
Mais cette « implication » peut être « très embarrassante sur certains dossiers, en termes d'image, mais aussi parce que Kadhafi exprime des idées à contre-pied des valeurs de l'organisation », note une source proche de l'UA. Dans son discours inaugural, M. Kadhafi avait ainsi estimé que les Africains ne devraient pas organiser d'élections, mais leur préférer « des comités populaires » comme ceux qui existent en Libye. Au Niger la semaine dernière, il s'est déclaré contre la limitation des mandats présidentiels : « Il faut que le peuple choisisse celui qui doit le gouverner, même pour l'éternité », a-t-il affirmé. Mais le fossé s'est creusé entre l'UA et le « guide » depuis sa médiation début mars en Mauritanie. Il a donné son approbation de facto au coup d'État du 6 août 2008 et prôné la clôture du dossier des sanctions imposées le 5 février par l'UA à la junte au pouvoir. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA a pourtant confirmé le 24 mars que les dirigeants « civils et militaires » de la junte seraient frappés par des sanctions et qu'une « liste nominative » des personnes visées serait établie « d'ici à un mois ». Selon des sources diplomatiques africaines à Addis-Abeba, M. Kadhafi a « ressenti comme un camouflet » cette décision du CPS. « Les sanctions ne peuvent être mises en œuvre que si elles ont été entérinées par le sommet, même le CPS ne peut pas prendre cette décision sans qu'elle soit confirmée par le sommet », a-t-il fait valoir dimanche, en contradiction avec l'Acte constitutif de l'UA. Le CPS est un organe souverain composé de 15 États membres élus par leurs pairs. Il peut se réunir au niveau des ambassadeurs, des ministres ou des chefs d'État. Un haut responsable de la commission de l'UA a indiqué à l'AFP que « ce que fait M. Kadhafi est contre l'Acte constitutif. Il ne peut pas décider seul sous prétexte qu'il est président en exercice. Il a mérité ce camouflet ». « Sur la Mauritanie, la décision de sanctions a été prise au plus haut niveau », a rappelé ce responsable, jugeant que le guide libyen « veut remettre en cause le CPS en le privant de sa souveraineté ». M. Kadhafi s'en est défendu dimanche, affirmant « ne travailler et n'agir que dans le cadre de l'Acte constitutif et selon les résolutions des chefs d'État ». Plus positif, le commissaire à la Paix et la Sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, estime que « cette méthode de travail, qui consiste à s'impliquer davantage dans la mise en œuvre des résolutions du sommet et des autres organes, est une donnée distinctive de la présidence du guide, mais qui peut être porteuse de plus-value ». « En Afrique, les chefs d'État jouent le rôle de locomotive dans l'intégration du continent. Donc un président (...) peut débloquer un certain nombre de dossiers », avance-t-il.

