Alors que l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, hôte du sommet, achevait son discours, M. Kadhafi a brutalement pris la parole pour apostropher le roi Abdallah. « Cela fait six ans que tu évites de m'affronter », a-t-il dit à l'adresse du roi Abdallah en présence d'une quinzaine d'autres chefs d'État arabes. « Je voudrais te rassurer : il ne faut pas avoir peur. Je te dis qu'après six ans, il a été prouvé que c'est toi dont le passé est fait de mensonges et qui fait face à la mort », a-t-il dit. « Toi, tu es le produit de la Grande-Bretagne et le protégé des États-Unis », a-t-il encore ajouté, avant de conclure : « En respect pour la nation (arabe), je considère que le problème personnel qui nous oppose est fini et je suis prêt à te rendre visite et à t'accueillir » en Libye. Il a ensuite quitté la séance, dédiée officiellement à la « réconciliation interarabe », pour « aller visiter un musée à Doha », selon son entourage.
La retransmission de cette intervention par la télévision qatarie, suivie par les journalistes depuis le centre de presse, séparé de la salle de réunion du sommet, a aussitôt été marquée par une coupure de son, témoignant de l'embarras de l'émir du Qatar. « Je suis le doyen des dirigeants arabes, le roi des rois d'Afrique et l'imam des musulmans », a lancé Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969 et qui vient d'être élu pour un an à la tête de l'Union africaine.
Après ce sérieux incident, le roi Abdallah et Mouammar Kadhafi se sont rencontrés, sous le parrainage de l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani. « Le différend né d'un malentendu est clos, et le leader (libyen) est soucieux que la nation se consacre à affronter les dangers qui la guettent », a déclaré M. Ahmad Kadhaf al-Dam, un proche du leader libyen. Les résultats de la rencontre « auront un impact positif sur les relations interarabes », a-t-il ajouté. Il n'a pas donné plus de détails sur la rencontre, organisée pendant une heure autour d'un déjeuner donné par l'émir du Qatar dans son palais. « Les deux dirigeants ont échangé les invitations » pour des visites dans leurs pays respectifs, a-t-il indiqué. Il n'a pas écarté, en réponse à une question, que Mouammar Kadhafi fasse une escale à Riyad après le sommet de Doha. « Tout est possible », a-t-il dit, affirmant que les relations saoudo-libyennes « seront désormais plus fortes qu'elles ne l'ont été ». On ne disposait toutefois d'aucun commentaire de la part des Saoudiens.
Les deux hommes sont en froid depuis la publication en juin 2004 d'articles de presse aux États-Unis et en Arabie saoudite accusant M. Kadhafi d'avoir ourdi un complot dans le but d'assassiner Abdallah, alors prince héritier du royaume saoudien. Tripoli avait nié le bien-fondé de ces accusations à plusieurs reprises.

