« Il y a la volonté côté irakien et français de tourner la page », après la rupture avec le régime de Saddam Hussein et l'opposition de la France à l'invasion américaine en 2003 de l'Irak, résume Denis Bauchard de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Le nouvel engagement de la France, qui va de pair avec un retrait militaire progressif des États-Unis, a été dopé par une visite le 10 février à Bagdad du président français Nicolas Sarkozy. Son Premier ministre, François Fillon, à la tête d'une vaste délégation ministérielle et d'industriels, doit s'y rendre avant l'été.
Auparavant, plusieurs visites de responsables irakiens en France sont prévues. Car l'Irak est demandeur. « Nous avons besoin de la participation de tous nos amis à travers le monde », notamment dans les domaines de « l'énergie, du transport, du logement, de l'environnement, de l'eau, de l'agriculture, des échanges commerciaux et tous les autres domaines », a affirmé cette semaine à Paris le ministre irakien du Pétrole, Hussein Chahristani. « Il y a du côté irakien la volonté de diversifier ses interlocuteurs, dont peuvent profiter la France et d'autres pays. Le tête-à-tête avec les Américains était pesant », analyse Denis Bauchard, notant que l'entrée en matière des Français se fait sans opposition américaine. Sous l'administration de George W. Bush, plusieurs responsables avaient martelé que seules les entreprises des pays ayant participé au renversement de Saddam Hussein pourraient investir en Irak une fois sa stabilité revenue.
À court terme, Paris prévoit d'ouvrir en mai une mission économique à Bagdad. Fin février, le ministre irakien de l'Électricité, Karim Wahid, avait invité la France à aider l'Irak à construire une centrale nucléaire, jugeant que « l'avenir sera nucléaire ». À la fin des années 70, la France avait commencé la construction d'un réacteur nucléaire en Irak, détruit en 1981 par un bombardement de l'avia-tion israélienne. Côté militaire, une mission va également être ouverte et un attaché militaire installé à l'été. « Nous voulons retrouver le niveau des relations que la France avait jusqu'aux années 80 », a expliqué mercredi le ministre français de la Défense, Hervé Morin. Le ministère irakien de l'Intérieur a aussi exprimé des besoins en matière d'entraînement des forces de police irakiennes.

