Le Pussy Club, situé à quelques encablures de l'aéroport de Schönefeld, au sud de Berlin, ou encore son concurrent Belle Escort Club, dans le centre de la capitale allemande, sont confrontés pour la première fois à une forte baisse de fréquentation en raison de la crise économique.
« Nous avons un problème : notre clientèle a chuté d'au moins 20 % », reconnaît Isabelle, la patronne de Belle Escort.
Avec un prix plancher de 320 euros de l'heure, les filles de son club ne sont pas exactement bon marché. Pour autant, Isabelle, qui refuse de donner son nom de famille, se refuse à avoir recours à des promotions comme celles que propose le Pussy Club. « Nous voulons conserver un statut respectable. Baisser les prix nuirait à notre réputation », affirme-t-elle.
Monika Heitmann, qui travaille à Brême (nord de l'Allemagne) pour une structure d'assistance aux prostituées, confirme qu'il y a crise. « Si les clients n'arrivent même plus à financer leur logement, leur nourriture et leur voiture, comment voulez-vous qu'ils fassent des frais pour du sexe ? » demande cette femme, engagée depuis 20 ans dans le secteur et qui dit n'avoir jamais vécu une telle crise. « Il y a trente ans, être prostituée était un vrai métier. Aujourd'hui, il y a tant de femmes prêtes à écarter les jambes pour arrondir leurs fins de mois, surtout en période de crise économique », dit Mme Heitmann.
Le propriétaire du plus vieux bordel de Francfort (Ouest), le FKK Sudfass, a été contraint en début d'année de vendre son établissement après 37 ans de bons services. Le bâtiment sera transformé en hôtel l'an prochain. D'autres bordels ont connu le même sort ailleurs dans le pays.
La prostitution, légalisée depuis 2001 en Allemagne, y est assez largement répandue, surtout dans les grandes villes comme Berlin, Munich (Sud) et Hambourg (Nord), connue pour son quartier chaud de « St Pauli ». Mais la stigmatisation sociale persiste et Mme Heitmann s'inquiète que les difficultés des prostituées ne soient pas prises au sérieux.
« Beaucoup de femmes viennent nous voir et ne savent plus comment s'en sortir. Avec la crise, les clients en veulent davantage pour moins d'argent. Ils deviennent plus pressants, certains les font même chanter », dit-elle.
Dans l'espoir d'un meilleur revenu, certaines prostituées ont quitté les clubs pour retourner au trottoir. Certains clients de clubs désertent les maisons closes et les « Eros centres » pour tenter leur chance dans la rue.
En janvier, des propriétaires de sex-shops et des producteurs de films pornographiques n'avaient pas hésité à demander des aides d'État, suivant ainsi l'exemple de l'industrie automobile et des banques.
« Une aide économique serait judicieuse », juge Uwe Kaltenberg, de la Fédération allemande du commerce érotique, bien conscient toutefois qu'en perspective des législatives de septembre, le sauvetage de l'industrie du sexe passera probablement loin derrière celui d'un groupe tel que l'industriel Opel.
Barbara Kavemann, chercheuse en sciences sociales, juge impossible de prédire l'impact de la crise financière sur la prostitution, où les chiffres sont difficiles à réunir. « Les prostituées ne sont pas tenues par la loi de se faire enregistrer. Et comment définir une prostituée ? », dit-elle. « Nous ne pouvons qu'espérer des jours meilleurs », soupire la patronne de Belle Escort. À moins, bien sûr, d'une improbable « subvention étatique », dit Isabelle dans un gloussement.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine