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Culture

La conscience au fond du puits

« Du pain plein les poches » présentée à la salle Montaigne, met en scène seulement deux personnages, mais interroge tous les hommes. En moins de quatre-vingt-dix minutes, ce dialogue pur jus de l'auteur roumain Matéi Visniec devient un réquisitoire absurde et délirant.
Ce qui est surprenant et délicieux chez ce dramaturge, poète et journaliste franco-roumain dont les pièces sont les plus jouées en France et en Europe, c'est que chacun peut lire Du pain plein les poches à sa façon. Une double lecture, donc, tout comme ce puits profond planté au milieu de la scène sur lequel se penchent, durant plus d'une heure, deux hommes portant canne, costard et chapeau melon : l'un, mince, campé par Oana Pellea, et l'autre, plutôt rondouillard, par Mihaï Sandu (cela ne vous évoque rien par hasard ?). C'est aussi cela Visniec. Par de simples stéréotypes et autres images de la mémoire collective humaine (Laurel et Hardy et Le Petit Poucet), l'auteur s'en va creuser au fond de cette mémoire pour réveiller la conscience souvent léthargique.
Un chien est apparemment tombé au fond du puits. Apparemment ? Oui, parce qu'il est invisible à l'œil sauf que le spectateur sent qu'il est là et entend, de temps à autre, ses aboiements semblables à de longs chants douloureux. Très vite et comme in abrupto, l'action, voire un dialogue, s'installe. Au-dessus de ce puits où l'on devine que le toutou est tombé, deux personnages qui passaient par là s'interrogent. Faut-il secourir la bête ? Si oui, comment et avec qui, sinon pourquoi et qu'en résultera-t-il ? Faut-il agir et pourquoi ? Qui devrait faire le premier pas ? Si oui, n'est-on pas jaloux de celui qui l'a fait ? N'a-t-on pas envie de jouer les héros même si la peur nous tiraille ? Mais après tout, qui s'en fout de ce clébard ? Il a peut-être voulu rester au fond de ce puits ? Iront même à dire les personnages. De fil en aiguille, les questions, si nombreuses finissent par engendrer les illogismes, les inepties ainsi que le doute (les larrons iront même s'interroger sur la nature de leur présence, sur le pedigree du matou et sur les grandes métamorphoses de la planète). Dialogue de sourds, mais après tout, le genre humain n'est-il pas condamné à ce genre de dialogue ?

Sornettes et billevesées...
Tour à tour amicale, belliqueuse et argumentative, cette conversation absurde qui décline peu à peu en une fable sociale n'en demeure pas moins tragi-comique. Rappelant le conte du Petit Poucet où une mauvaise action (abandonner lâchement ses enfants) n'était rachetée que par une autre, mesquine et dérisoire, ces deux acteurs sur scène illustrent toutes les bassesses humaines confondues et constituent le procès de cette conscience souvent à double fonds. Tout comme ce puits, ou tout simplement comme cette poche si profonde.
Une trame toute simple sur fond noir vide, illuminé parfois par des lumières indirectes où s'instaure ce ping-pong verbal fallacieux où cohabitent en toute aise et dérision la mauvaise foi et la bonne conscience. Visniec est parvenu à tordre le mot et la syntaxe pour distordre la vérité. Qu'importe si le public s'y reconnaît ou non (à leur rire décalé, certains semblaient ne rien comprendre).
Le spectateur peut sortir du théâtre en se disant tout simplement que cette grosse farce est très drôle et qu'il a passé du bon temps, ou sortir et revenir plus tard sur ce puits sombre... car il s'y est probablement retrouvé.
Ce qui est surprenant et délicieux chez ce dramaturge, poète et journaliste franco-roumain dont les pièces sont les plus jouées en France et en Europe, c'est que chacun peut lire Du pain plein les poches à sa façon. Une double lecture, donc, tout comme ce puits profond planté au milieu de la scène sur lequel se penchent, durant plus d'une heure, deux hommes portant canne, costard et chapeau melon : l'un, mince, campé par Oana Pellea, et l'autre, plutôt rondouillard, par Mihaï Sandu (cela ne vous évoque rien par hasard ?). C'est aussi cela Visniec. Par de simples stéréotypes et autres images de la mémoire collective humaine (Laurel et Hardy et Le Petit Poucet), l'auteur s'en va creuser au fond de cette mémoire pour...
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