« Nous exprimons notre refus de l'injustice et crions : dehors l'occupant », a lancé cheikh Haidar al-Jaberi, un responsable du mouvement sadriste devant une foule de partisans à Sadr City, leur bastion à Bagdad. Réunis pour la prière, qui a tourné à la manifestation antiaméricaine, des milliers d'Irakiens ont scandé le poing levé des slogans comme « dehors l'occupant, dehors l'incroyant ». Ensuite, ils ont brûlé et piétiné un drapeau américain. Cheikh Jaberi a appelé à « une grande manifestation » le 9 avril, jour anniversaire de la chute du régime de Saddam Hussein, dans la foulée de l'entrée des troupes US dans Bagdad.
« Le 20 mars, ça devrait être une fête, mais après ce que les Américains ont fait, c'est une date triste. Ils n'ont jamais tenu leurs promesses », estime Qassem Zamel. « Les Américains étaient venus nous libérer d'un dictateur, mais ils ont détruit le pays », ajoute cet homme de 60 ans dont les trois fils, arrêtés en mars 2003 sans explication selon lui, sont toujours en prison.
De nombreux chiites avaient accueilli avec soulagement l'annonce du début de l'opération « Iraqi Freedom ». Dans les mois puis les années qui ont suivi, certains chiites avaient cependant pris les armes au sein de milices, comme l'Armée du mahdi de Moqtada Sadr, contre les troupes US, déjà confrontées à une insurrection sunnite. « Nous étions contents au début, parce que l'invasion allait être synonyme de la chute de Saddam Hussein », estime Jalil Taleb, un chauffeur de taxi âgé de 50 ans, ajoutant : « Mais les Américains ont ensuite poursuivi le plan qu'ils avaient préparé longtemps à l'avance : occuper l'Irak. »
À l'exception de ce rassemblement à Sadr City, le 6e anniversaire de l'invasion n'a fait l'objet d'aucune festivité ou commémoration. En effet, l'heure n'est pas au triomphalisme au gouvernement comme au commandement de l'armée US. Cette dernière commence à entrevoir la fin de sa mission et son retrait du pays. Dans les trois prochains mois, les unités américaines devront avoir quitté les villes et villages, prélude à un retrait massif en août 2010, avant un désengagement total d'ici au 31 décembre 2011. En outre, le quotidien des Irakiens n'a pas beaucoup changé, toujours fait d'épreuves et de violences, selon le président du Comité international de la Croix-Rouge, Jakob Kellenberger.

