L'émir Saoud el-Fayçal a d'ailleurs défini le cadre des relations souhaitées entre les pays arabes et l'Iran : ceux-ci reconnaissent le rôle régional de Téhéran, plus particulièrement son appui aux mouvements de résistance dans la région, notamment le Hezbollah et le Hamas, cet appui ayant contribué à provoquer deux défaites, à des degrés différents, d'Israël. Mais de son côté, Téhéran devrait traiter avec ces mouvements à travers ce qu'il a appelé « la légalité arabe », autrement dit les États et la Ligue arabe. Les autorités syriennes seront donc priées de convaincre l'Iran d'utiliser ce procédé. Mais en attendant, le problème le plus concret qui se pose aux Arabes est la nécessité ou non d'inviter le président iranien au prochain sommet de Doha. Le président syrien aurait proposé d'inviter Ahmadinejad et le président turc en tant qu'auditeurs en raison du poids régional de ces deux pays et pour remercier la Turquie pour ses dernières prises de position en faveur des Arabes et des Palestiniens en particulier, mais la question n'a pas encore été tranchée.
Un autre problème reste encore à régler, celui des relations entre l'Égypte et le Qatar. Le Caire considère en effet que le Qatar a joué un rôle négatif contre l'Égypte pendant la guerre de Gaza, à travers la couverture médiatique de la chaîne al-Jazira et l'insistance systématique sur la fermeture du point de passage de Rafah.
De plus, l'Égypte, qui se considère comme l'un des piliers du monde arabe, ne verrait pas d'un très bon œil le rôle grandissant du petit émirat qui réussit un curieux « grand écart » dans ses relations diplomatiques à la fois entre les parties arabes dites extrémistes et Israël, tout en abritant la plus importante base américaine dans la région. D'ailleurs, le Qatar avait été exclu du sommet quadripartite qui s'était tenu à Riyad depuis une dizaine de jours et qui avait regroupé, outre le roi d'Arabie, l'émir du Koweït, le raïs égyptien et le président syrien.
Le spécialiste de la région est toutefois convaincu que la réconciliation entre l'Égypte et le Qatar aura forcément lieu, ne serait-ce qu'au sommet, mais les problèmes entre les Arabes restent profonds. Il ajoute que les Arabes se sont empressés de renouer les contacts entre eux à cause du changement à la Maison-Blanche et de la nouvelle politique internationale de l'administration américaine. La tendance est claire et elle favorise le dialogue. C'est pourquoi les pays arabes ne pouvaient pas être en reste. Mais cela ne signifie nullement que les États-Unis sont prêts à tourner la page avec l'Iran. Certes, Téhéran a été invitée à la conférence sur l'Afghanistan qui doit se tenir à Bruxelles, mais les sanctions contre elle ont été maintenues pour l'instant. Ce qui l'a poussée à organiser sa propre conférence sur l'Afghanistan, avec la participation de ce pays, de l'Irak, du Pakistan et du Qatar. C'est dire que le bras de fer se poursuit mais sous des formes plus souples et avec des procédés politiques et diplomatiques.
En plus du dossier iranien et des relations entre le Qatar et l'Égypte, un autre problème se pose encore aux Arabes : celui de l'entente interpalestinienne et l'arrivée d'un gouvernement de droite avec Avigdor Liberman au portefeuille des AE en Israël.
Ce tableau régional montre que si le changement est amorcé, il en est encore à ses premiers balbutiements et le processus est long. Seules l'Arabie saoudite et la Syrie ont opté pour une modification radicale dans leurs relations et cette nouvelle donnée ne peut qu'avoir des conséquences positives sur la scène libanaise. Selon des sources diplomatiques libanaises, Damas et Riyad se sont déjà entendus pour faire baisser la tension entre leurs alliés libanais et éviter des batailles électorales féroces dans les circonscriptions à majorité musulmane. L'Arabie saoudite pousse de son côté vers une réconciliation entre tous les courants et les personnalités sunnites, dont certains sont prosyriens, alors que la Syrie affirme de son côté qu'elle ne veut pas intervenir dans le cours des élections, ajoutant que quel que soit le vainqueur, il devra composer avec la réalité régionale nouvelle. Les sources diplomatiques libanaises affirment ainsi que le scrutin électoral libanais est en train de perdre sa dimension régionale et l'enjeu devient de plus en plus interne. Ce qui serait de nature à faciliter le processus, sans rien ôter de la violence de la campagne...


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